Scènes

Une longue lettre, cosignée par un Belge et un Canadien, artistes exposant leurs visions et leurs interrogations, demandait à diverses personnalités (penseurs, artistes, scientifiques, politiciens, hommes d’affaires) leur définition de l’optimisme critique, sous la forme de leur choix.

Pieter De Buysser (philosophe, auteur, acteur, metteur en scène, critique) et Jacob Wren (écrivain, metteur en scène, performeur) se partagent le plateau de la "salle dorée" du Beursschouwburg avec ce spectacle fait, entre autres, de certaines des réponses, mais avant tout de leur complicité, de leur conversation, de l’élaboration de leur pensée commune - et parfois dichotomique, et souvent comique - sur ce sujet, l’optimisme. Apparemment très à contre-courant dans le pessimisme tacite ambiant, jusqu’à l’élection du nouveau président américain.

Entre conférence et performance -avec les slides de rigueur et une cérémonie du thé frisant l’acrobatie-, "An anthology of optimism" questionne le présent et l’histoire, sonde nos vies et va jusqu’à nous accrocher le cœur : réflexion et émotion superposées. Tandis que le tandem d’artistes construit sa propre définition, les contributions sont à consulter, voire à compléter, sur www.anthologyofoptimism.com.

Par ailleurs, le Kunsten propose à la Raffinerie la chorégraphe israélienne Yasmeen Godder. Née à Jérusalem en 1973, elle émigra rapidement aux Etats-Unis où elle étudia la danse. Depuis dix ans, ses créations sont régulièrement présentées à New York et en Istraël où elle est revenue depuis 1999. Elle est en résidence à la Fondation Israeli Cultural Excellence et a créé d’autre part, à Jaffa, le Yasmeen Godder Studio. Sa danse est abrasive et rugueuse. Aux Etats-Unis, on dit qu’elle est une enfant du 11-Septembre. "Singular Sensation" montre cinq danseurs sur une sorte de piste de skate board toute blanche. Une musique volontairement hachée, dissonante et désagréable rythme les mouvements. Les gestes sont des tremblements, des grimaces, des tics, des décharges et des craquements. Comme des images stroboscopiques sans stroboscope.

Peu à peu, les danseurs se joignent, s’empoignent, crachent de la couleur. Un d’entre eux se transforme en Batman avec sa cape de plastique et ses antennes de spaghetti, héros ridicule dans un monde gélatineux, glissant et agressif. A la fin, une femme apparaît, silencieuse, drapée dans un imper, coiffée d’un foulard. On peut y voir une Palestinienne ? Mais, sous sa veste, elle est nue. Et son air est effaré.

Le problème est qu’on a l’impression que Yasmeen Godder recycle des idées déjà présentes et bien connues dans la danse contemporaine. Mais elle le fait sans qu’on saisisse bien la nécessité ou le fil conducteur, avec en outre une musique plus irritante qu’interpellante. Finalement, elle échoue à provoquer les émotions qu’on attendrait d’une vision crue et forte du monde. On n’y trouve pas assez l’étonnement et le ravissement promis.Marie Baudet et Guy Duplat

"An anthology of optimism", le 7 mai à 20 h 30 et le 8 à 22 h au Beurs. "Singular Sensations", à la Raffinerie jusqu’au 8 mai à 20 h 30. Kunstenfestivaldesarts, jusqu’au 23 mai à Bruxelles. Infos & rés. : 070.222.199, www.kfda.be