Remontés comme des coucous à la sortie de E-Laine (Je ne suis pas un mouton) de l’Anneau, qu’ils ont A-D-O-R-É, les jeunes enfants de 7 à 9 ans qui participent au stage du Regard du spectateur, organisé par le Service jeunesse de la province de Liège et le Centre culturel de Huy, rêvent de grimper aux arbres car dehors, le soleil brille, la fête foraine bat son plein, l’odeur de barbe à papa embaume la rue et la chenille se tortille avec énergie. Ils se dirigent pourtant avec joie vers le Centre culturel où ils s’apprêtent à croquer la pomme et improviser, avec drôlerie, une pièce de théâtre. Les uns jouent les acteurs, les autres, le public, le troisième indique les sorties de secours en cas d’incendie. Le voir et le faire…

Enchantée par le spectacle qu’elle vient de voir, l’histoire de parents qui achètent leur bébé sur internet, Zoé a tout aimé sauf quand ils voulaient changer leur enfant : “Là, j’ai eu peur !”

Thomas, lui, a préféré le moment où ils achetaient l’enfant et Amadéo, ainsi que ses camarades, partagent cet avis. Hop(e) de la Cie Ah Mon amour et Fute-Fute des Ateliers de la Colline figurent également au rang de leurs favoris. Preuve que les goûts des plus jeunes, auxquels s’adressent les spectacles, ne sont pas toujours les mêmes que ceux des professionnels présents ici. Toujours interpellant.

Divisés en deux groupes, en fonction de leur âge, ces jeunes spectateurs voient deux créations par jour durant toute une semaine, et débriefent, entre eux, après chaque spectacle.

Trois spectacles, trois miroirs

Chez les plus grands, dix-huit jeunes en tout, âgés de 9 à 14 ans, Wave, Bye-Bye Bongo et Jimmy n’est plus là semblent remporter tous les suffrages, trois spectacles pour adolescents qui parlent des adolescents, trois pièces miroirs.

Jasmine, dix ans, a apprécié la musique de Bye Bye Bongo et l’histoire, “très chouette”, qu’elle a trouvée très compréhensible. Du haut de ses dix ans également, Delphine a été touchée par Jimmy n’est plus là de la Cie Trou de ver qui pose la question de l’identité sexuelle et des effets pervers des réseaux sociaux. Ils sont nombreux à avoir été sensibilisés par cette problématique et à avoir été remués par ce spectacle. Pour Sandrine, qu’importe qu’on veuille être une fille ou un garçon. Tous ses camarades semblent penser comme elle, mais tous savent que cela resterait inavouable.

Aucun d’entre eux n’est sur un réseau social. Seule Jasmine joue sur Roblox où l’on peut aussi chatter et elle nous dit être étonnée par le nombre d’insultes qui y circulent.

Félicien, lui, a également apprécié (Victor) Frankenstein des Karyatides pour la qualité du théâtre d’objet et des chants lyriques. Difficile finalement d’établir leur top 3 car tous les spectacles vus les ont quasiment emballés.

Une chose est sûre, ce stage d’une semaine les a mûris, enrichis, a aiguisé leur regard critique et leur a permis de créer des liens, parce qu’ici, disent-ils, ils se sentent plus vrais qu’à l’école.