Déambulation au cœur de cinq histoires signées Émilie Maréchal et Camille Meynard, à l'Océan Nord.

Elle est comédienne, il est réalisateur. Ensemble, ils signent une création délibérément hybride, qui tient de l’installation et de la performance, du cinéma et du théâtre, du documentaire voire du concert. Tout cela dans un hommage au père, cette figure sur laquelle on porte un regard changeant mais toujours chargé.

Admiration, tendresse, ressentiment, soumission, mépris, sollicitude… La liste est infinie et d’ailleurs implicite, dans Pattern (le mot anglais signifiant motif, schéma, rappelle aussi phonétiquement la racine latine paternelle).

À la Maison de la culture de Tournai où ils l'ont créé en janvier dernier, et maintenant à l’Océan Nord, à Bruxelles, Émilie Maréchal et Camille Meynard ont découpé l’espace en quatre zones, et le spectacle en cinq parties.

Dans "Pattern II", performance de 6 minutes en boucle, une performeuse saute à la corde jusqu'à l'épuisement, tandis qu'un texte projeté au sol évoque la déchéance physique d'un père.
Dans "Pattern II", performance de 6 minutes en boucle, une performeuse saute à la corde jusqu'à l'épuisement, tandis qu'un texte projeté au sol évoque la déchéance physique d'un père. © Théodore Markovic

On déambule d’abord entre une performance (endurance de l’actrice/déchéance du père) et deux installations cinématographiques. L’une livre le récit d’une transmission père-fils via deux écrans superposés en transparence. L’autre met en résonance deux plans et deux temps : funérailles/archives familiales. Avec les déplacements même des spectateurs, déjà s’esquissent les nuances, ambiguïtés et déclinaisons du sujet.

L’intervention de Will Guthrie à la batterie signe le moment pour le public de gagner le double gradin qui ceint un long tapis blanc.

Éloge érodé

“Bonsoir mesdames et messieurs, bienvenue à l’abattoir Van De Messen. Merci d’être si nombreux pour l’hommage à papa.” À mesure que l’on avance dans les discours, l’éloge des héritières (Céline Beigbeder, Ana Mossoux, Émilienne Tempels) s’érodera à l’acide des souvenirs. La réapparition du frère qu’on croyait mort (Julien Rombaux) ne fait qu’exacerber cette mécanique.

En mariant, dans cette partie, le grotesque et l’émotion, Émilie Maréchal et Camille Meynard font le pari d’une théâtralité caricaturale (exacerbée jusque dans les corps) qui absorbe et exprime les facettes multiples d’un père. “C'est dingue comme on n'a pas connu le même homme, dira la benjamine des trois sœurs. Moi je ne connais pas le père ingrat et violent dont vous parlez.”

Le batteur Will Guthrie et le comédie Simon André.
Le batteur Will Guthrie et le comédie Simon André. © Théodore Markovic

Un nouvel intermède percussif et musical (Éric Ronsse à la création sonore) conduit Pattern vers son épilogue, où un vieil homme (Simon André) évoque son père agriculteur au “cœur qui sentait la terre” et, à travers lui, la mémoire qui définit l’homme. Un éloge à nouveau, pas plus univoque, pour clore ce Pattern foisonnant, déconcertant, imparfait mais riche de belles profondeurs.

  • Bruxelles, Océan Nord, jusqu’au 26 octobre, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 2h – 02.216.75.55 – www.oceannord.org