Bartok/Beethoven/Schönberg, recréation de pièces du début d’ATDK, est un pur moment de bonheur.

La soirée composée Bartok/Beethoven/Schönberg d’Anne Teresa De Keersmaeker et Rosas, recréée mercredi au Kaaitheater, est un merveilleux moment où on retrouve, plus vivantes que jamais, trois chorégraphies iconiques datant des premières années d’ATDK.

Le Quatuor n°4 de Bartok avec les musiciens d’Ictus sur scène date de 1986. ATDK avait 26 ans et c’est toute la fraîcheur et déjà l’exigence de sa jeunesse qui est sur scène avec quatre danseuses dansant souvent dans un parfait unisson, tournoyant, sautillant. Cette pièce joua beaucoup dans l’image d’ATDK, avec ces filles dans leurs petites robes noires portant des bottines, dansant à perdre l’équilibre et reprenant des jeux enfantins :1-2-3 j’ai vu, les poiriers, les chutes, les culottes blanches montrées effrontément, le battement des pieds en l’air. Un moment de joie pure.

Vient ensuite Die Grosse Fuge de Beethoven, cette fois pour quatre danseurs hommes. Une pièce de 1992, tout en puissance, mais aussi plus éclatée. Et la soirée se termine par le Verklärte Nacht de Schönberg joué par des musiciens du Brussels Philharmonic. Une pièce de 1995 mais entièrement recrée en 2014. ATDK nous avait alorsannoncé la couleur : cette musique de Schönberg et la chorégraphie qu’elle en tire, sont "effrontément romantiques". Mais ce romantisme, a priori étonnant chez elle, lui va très bien. On sort totalement séduit et ému par cette histoire d’amour réduite à l’essentiel : deux corps qui se parlent et se cherchent sur un grand plateau nu et avec une musique comme un torrent de cordes pleurant et chantant. Il ne faut pas plus.

Le répertoire

Cette triple reprise est aussi une recréation. Même décor réduit au minimum, même lumière unique qui change de place selon les trois chorégraphies, danseurs jeunes, nouveaux (merveilleux Laura Bachman, Frank Gizycki, impossible de tous les citer).

Le Bartok a priori resté identique a un début plus méditatif. Le Beethoven a été réduit -avec bonheur- à quatre danseurs. Il y a comme un même arc traversant toute la soirée: à travers la musique de Beethoven à Bartok, à travers la question des rapports hommes-femmes (4 femmes, 4 hommes et puis un couple), à travers une danse partant d’une structure très construite pour aboutir au romantisme d’un danse pure.

ATDK développe depuis plusieurs années des créations et en même temps, la réécriture de son répertoire afin de maintenir vivants ces moments de toute son oeuvre. La danse et ses instants de bonheur par essence éphémères, peuvent ainsi se revivre dans une unité neuve et un nouveau contexte.

Bartok/Beethoven/Schönberg, au Kaaitheater, à Bruxelles, jusqu’au 27 juin