Le Cirque du Soleil revient à Forest National, avec “Corteo”. Un spectacle onirique mêlant cirque et théâtre avec plus de 50 artistes sur scène. Critique de la représentation faite à Milan au mois d'octobre.

Cet après-midi-là, à quelques heures de la première au Mediolanum Forum de Milan, les artistes de la troupe de Corteo, l’un des 28 spectacles du Cirque du Soleil en tournée à travers le monde, s’entraînent à tour de rôle sur une immense piste circulaire (environ 12,5 m) dotée de deux plateaux tournants. En tout, il aura fallu trois jours pour monter cette scène unique, créée tout spécifiquement lorsque le show, initialement imaginé sous chapiteau à Montréal (Canada) en 2005, a été remonté en arena, c’est-à-dire pour être présenté dans les salles de spectacle du monde entier, dont Forest National à Bruxelles.

Soixante techniciens et 52 artistes

Trois gigantesques lustres surplombent la scène. Ces appareils acrobatiques sont constitués de quelque 4 000 pièces décoratives et de colliers de boules en acrylique. Justaucorps coloré et chaussures de cuir aux pieds, quatre jeunes femmes acrobates vérifient leurs appuis sur les lustres tandis que des techniciens s’assurent que ces géants se hissent dans les airs sans encombres. Au total, ils sont 60 techniciens à œuvrer en coulisses au bon fonctionnement du spectacle, pour 52 artistes sur scène. Au milieu du plateau trône un lit à armatures métalliques. C’est au-dessus de ce lit que les quatre acrobates virevolteront ce soir, accrochées aux lustres, lorsque le clown rêveur, personnage central du show, entrera, allongé sur sa couche, pour son dernier (?) voyage : son cortège (Corteo en italien) funéraire.

© Lucas Saporiti

Mais c’est encore l’après-midi et il règne une certaine agitation au sein de l’équipe : Daniele Finzi Pasca, le créateur de Corteo, est venu de sa Suisse natale (Lugano) pour assister à la première milanaise. “J’aime rencontrer l’équipe artistique et travailler avec eux à garder l’esprit du show, car il a été imaginé en 2005 sous chapiteau, rappelle-t-il. Après, il a été recréé en arena ; il fallait donc faire des ajustements”. Spectacle du Cirque du Soleil parmi les plus plébiscités par le public, Corteo a en effet été remonté il y a deux ans. “Ce spectacle repose sur les funérailles d’un clown, décrit-il. Mais est-ce que ce sont de vraies funérailles ou des funérailles rêvées ? Toujours est-il que les funérailles sont un événement public : sa famille, ses amis viennent le saluer dans une joyeuse parade”.

Scène bi-frontale

Sangles aériennes, cerceaux, échelle, jongleries, planche sautoir, pôle suspendu, lits trampolines, roue Cyr…, pendant plus de deux heures, les artistes de Corteo immergent les spectateurs dans un monde féerique peuplé d’anges, de clowns, d’un géant, de lilliputiens, de chevaux,… entre virtuosité acrobatique, magie des cirques d’antan, musique et théâtre. “Sous chapiteau, la configuration prévoit toujours une piste centrale dont les artistes peuvent entrer et sortir”, reprend Daniele Finzi. Pour conserver cette disposition spécifique en arena, la scène est bi-frontale, le public se faisant face à face. Une première pour le Cirque du Soleil. Et pour passer d’un côté à l’autre de la scène et des coulisses en moins de 30 secondes, les artistes glissent sous le plateau à l’aide de petits chariots.

© Cirque du Soleil

“La chance d’être nous-mêmes”

Imprégné de ses origines italiennes (la comedia dell’arte, Fellini) et de son parcours artistique (chorégraphies, opéras, clownerie, théâtre acrobatique,…), Daniele Finzi a voulu faire de Corteo “un spectacle très chaud”, “un théâtre de l’intime”. “C’est comme une fresque dédiée au cirque à l’ancienne”, sourit-il. Car c’est bien en cela que Corteo se distingue des autres shows du Cirque du Soleil : à la prouesse époustouflante de ses acrobates et à ses numéros exceptionnels ultra-contemporains se mêle la nostalgie du cirque traditionnel avec son M. Loyal, ses clowns ou encore ses jongleurs. “Dans l’esprit, Corteo est l’un des spectacles les plus théâtraux du Cirque du Soleil, observe encore Daniele Finzi. Il y a des moments où tous les artistes chantent sur scène. Il y a un vrai jeu d’acteurs. J’ai voulu éviter de tomber dans la mécanique. Et il faut continuer à nourrir cet esprit”.

Chef d’orchestre et saxophoniste, Philippe Poirier, 35 ans, confirme : “Ce qui différencie Corteo des autres shows du Cirque du Soleil, c’est qu’il n’y a pas de gros maquillages. Nous ne sommes pas des insectes ou des êtres surnaturels, nous sommes des humains. Cela nous donne la chance d’être nous-mêmes ; on peut montrer notre propre personnalité. Le directeur Daniele Finzi nous encourage à être nous-mêmes, à donner un peu de nous au spectacle. C’est cela qui donne la vie à Corteo. Julie Dionne, 44 ans, acrobate, était, elle, à la création de Corteo sous chapiteau en 2005, avant de rejoindre l’équipe de la recréation il y a deux ans. “Je suis danseuse de formation mais j’ai aussi suivi une école de cirque et une école de clown. Corteo a une dimension théâtrale et donc, c’est important de jouer.” La jeune femme participe d’ailleurs à “un numéro plus poétique”, celui des lustres. Mais elle incarne aussi le personnage général de Belle et joue plusieurs anges. “En tout, je change treize fois de costumes, précise-t-elle. Il est donc important de bien tout préparer à l’avance selon la conduite du spectacle”.

Si ses numéros sont moins “acrobatiques”, il en est d’autres beaucoup plus périlleux où la sécurité est primordiale. “Certains numéros ont des filets, d’autres s’assurent les uns les autres, explique Julie Dionne. Il y a des protocoles de sécurité et des codes lumière. Par exemple, s’il y a une lumière rouge qui flashe, c’est qu’il faut arrêter. Quand le problème est résolu, soit le numéro reprend soit on passe au suivant”. Italie, Belgique, Allemagne, France, Portugal, Espagne, Autriche, Finlande,…, la troupe de Corteo sillonnera le continent européen jusque fin 2020. “Nous sommes une centaine de personnes d’une quinzaine de nationalités différentes à voyager ensemble et ce qui est chouette, se réjouit-elle, c’est qu’il y a une super bonne ambiance, entre les artistes mais aussi avec les techniciens, les accessoiristes, les éclairagistes,…”.

© Cirque du Soleil

EN CHIFFRES

“Corteo”, c’est…

- 8 millions de spectateurs à travers le monde depuis sa création en 2005.

- 15 nationalités différentes parmi l’équipe artistique (Biélorussie, Belgique, Brésil, Canada, Finlande, France, Hongrie, Italie, Japon,…).

- 260 costumes conçus par Dominique Lemieux dans près de 100 tissus différents (soie, lin, coton, dentelle,…).

- 200 bouteilles de fond de teint liquide, des centaines d’ombres à paupières, fards à joues, crayons et rouges à lèvres ainsi que plus de 50 L de démaquillant utilisés chaque année.

EN PRATIQUE

Où ? Bruxelles, Forest National.

Quand ? Du 21 au 24 novembre (le 21 à 20 h, le 22 à 16 h et 20 h, le 23 à 16 h et 20 h, le 24 à 13 h et 17 h). Et aussi au Lotto Arena à Anvers du 13 au 22 mars 2020.

Infos et réservations au 070.345.345 ou sur www.cirquedusoleil.com/corteo et www.teleticketservice.com