Avec le souvenir de ses superbes Offenbach, on attendait avec impatience la nouvelle "Chauve-souris" de Marc Minkowski : capable d’exceller de Rameau à Wagner en passant par Haendel, Massenet ou Verdi, le chef français avait déjà sauvé Strauss en 2001 quand il avait dirigé la "Fledermaus" en V.O. dans une production provocatrice d’Hans Neuenfels voulue par Gérard Mortier comme ultime pied de nez au festival de Salzbourg. Et Minkowski revenait cette fois avec quelques atouts dans sa besace : une nouvelle traduction du livret, ses Musiciens du Louvre-Grenoble et la crème du chant français (Degout, Devieilhe, Sempey et autres). Auxquels s’ajoutaient, pour le plaisir des spectateurs belges, la joie de retrouver deux lauréates de la dernière session du Concours Reine Elisabeth : Chiara Skerath (de nationalité suisse, mais native de Louvain) et l’Ardennaise Jodie Devos.

Façon ländler paysan

Las, on doit bien déchanter. Mêlant pour l’occasion bois et cordes modernes avec quelques cuivres allemands et français du XIXe siècle, l’orchestre offre bien quelques jolies surprises (la construction de l’harmonie, notamment, au début de la czardas de Rosalinde) mais, le plus souvent, il semble jouer trop fort pour les dimensions modestes de l’Opéra-Comique. Minkowski dirige avec plus d’énergie que de grâce, façon ländler paysan plus que trois temps à la viennoise : à la première dimanche après-midi, le Premier ministre français était ce qu’il y avait de plus authentique en matière de Valls.

Regret

Il y a des vers joliment troussés dans la nouvelle traduction de Pierre-Paul Harang (notamment l’air d’Adèle "Monsieur le Marquis"), mais aussi quelques trivialités qui, immédiatement, alourdissent le propos. C’est toutefois le metteur en scène qui est le premier responsable du ratage. Journaliste réputé (à Diapason) et spécialiste de Haendel, Ivan Alexandre avait certes réussi (à Toulouse puis à Paris) un beau "Hippolyte et Aricie" empreint d’esprit baroque. Mais cette fois, sa lecture part dans toutes les directions, reproduisant sans les digérer vraiment quelques poncifs de la mise en scène lyrique contemporaine et s’essouffle très vite. On regrette la poésie et surtout le rythme des lectures de Laurent Pelly (complice des Offenbach de Minkowski), d’autant qu’ici, plusieurs numéros freinent l’action et plombent le spectacle.

Passe encore pour le Bal chez Orlovsky, lieu habituel de quelques intermèdes hors sujet (ici, une divertissante parodie de Cecilia Bartoli par un contre-ténor coréen qui incarne le prince russe, mais aussi une pesante chorégraphie sur la "Unter Donner und Blitz") : mais l’acte de la prison, alourdi par les divagations trop longues d’un Frosch peu drôle, achève de tirer l’ouvrage vers le théâtre de boulevard.

Jodie Devos brille

Restent heureusement quelques belles prestations vocales : Stéphane Degout (Eisenstein), Sabine Devieilhe (Adèle), Florian Sempey (Falke), Franck Leguérinel (Frank) ou Philippe Talbot (Alfred). Engagée à l’Académie de l’Opéra-Comique (un programme de mise à l’étrier pour jeunes chanteurs), Jodie Devos brille joliment dans le petit rôle de la danseuse Ida, la cousine d’Adèle, mais Chiara Skerath… rate sa Rosalinde, voix surdimensionnée et aigu incertain. Quant à Kangmin Justin Kim, c’est une curiosité dans sa façon de mixer registres de tête et de poitrine, mais on n’est pas sûr qu’il aurait été engagé s’il ne s’était préalablement fait connaître sur YouTube comme la désopilante… Kimchilia Bartoli.


-> Paris, jusqu’au 1er janvier; www.opera-comique.com. Diffusion en différé radio sur France Musique le 3 janvier à 19 heures.