Vous ne le verrez pas sur scène. Et pourtant, il est omniprésent. Cet homme, hospitalisé, au seuil de la mort, a convoqué à son chevet trois femmes qui ont partagé sa vie. Il y a son épouse, Marie-Clémence, sa nièce, Anna, et sa maîtresse, Iris. Trois femmes qu’il a marquées de son emprise. À jamais. Marie-Clémence a été battue, Anna, violée dans son enfance et sa jeunesse, et Iris, sexuellement soumise.

Un texte puissant, sans détours

Avec Coup de grâce, Pietro Pizzuti signe un texte puissant, sans détours, sans euphémismes, empreint de dignité où l’humour s’égrène, exutoire pour ses trois héroïnes et bulle d’oxygène pour le public. Car le sujet qu’il porte à la scène est grave, intime, douloureux, tabou : la violence physique et sexuelle au sein du couple et de la famille.

Pour donner chair à son récit, il s’est entouré de femmes : la metteuse en scène Magali Pinglaut et les trois brillantes comédiennes  Laurence D’Amelio (Anna), Anne-Claire (Marie-Clémence) et Babetida Sadjo (Iris). Réunies, malgré elles, dans cette salle d’attente de l’hôpital, ces trois femmes vont ensemble affronter la mort de celui qui fut à la fois mari, oncle, amant et bourreau. La mort, signe de délivrance, de liberté. Mais, avant, il leur faut se pardonner à soi-même et se pardonner entre elles pour parvenir à l’absoudre.

Et comprendre. Du moins essayer de comprendre. Alors, chacune, avec son vécu, ses forces et faiblesses, va donc raconter ce qui la lie à lui. Il y a d’abord Marie-Clémence, l’irréprochable épouse. Pas encore mariée, elle n’ignorait toutefois pas que celui avec lequel elle allait s’unir abusait de sa nièce. “Tu savais et tu t’es tue !”, lui lance Anna. Marie-Clémence a bien tenté de raisonner son mari, mais “il me faisait peur. Peur. J’avais peur”. C’est que sous ses airs de couple parfait, les coups pleuvaient, mais “j’ai sauvé les apparences”. Puis, il y a Anna, “violée par lui” dès son plus jeune âge. Bouillonnant de rage, elle ne désire plus le voir que lorsqu’il sera mort. Débarque Iris, sa maîtresse, objet de tous les fantasmes : “il m’a appris à jouir en faisant du mal”.

Mouvements et silences

À mesure que leur parole se libère, la complicité affleure entre ces trois-là. Elles ont bu le calice jusqu’à la lie, alors pourquoi ne pas s’ouvrir quelques fioles d’alcool pour lâcher prise, rire et pleurer. Magali Pinglaut rythme sa mise en scène en jouant sur le mouvement – des allers-retours sur le plateau, des solos dansés et ou chantés, des gifles qui partent,… – et en distillant des moments de silence. Respirations bienvenues dans ce récit frontal, sans victimisation, où chacune a conté l’inavouable, où chacune est venue “pour toutes les femmes”.

Bruxelles, Théâtre Le Public, jusqu’au 11 avril. Infos et rés. au 0800.944.44 ou sur www.theatrelepublic.be