Scènes Aux Martyrs, six acteurs, dont un pianiste, en quête du grand amour, sous la houlette d'Ingrid von Wantoch Rekowski.

Après la grande architecture d’In H-Moll, place au chaos officiel avec Raphaël, les Sirènes et le Poulet ! Car une chose est de suivre pas à pas - même en déviant, même en se moquant - la célèbre messe de Bach, une autre est de se lancer dans le dédale d’une impossible quête (terme générique), avec, pour points de passages plus ou moins encourageants, les hits du patrimoine classique occidental, de l’ouverture de l’Or du Rhin (au fond du fleuve, les sirènes, ce sont elles…), au banquet final de Don Giovanni (de Mozart) ; en passant par Hamlet (de Shakespeare), la Jeune-Fille et la Mort (de Schubert), le Lacrimosa (de Lotti), la Danse des sept voiles (de Richard Strauss ) ou le duo de Tristan (de Wagner).

Un objet relie ces fragments de civilisation réordonnés par Ingrid von Wantoch Rekowski : l’amour, ou plutôt l’impossible amour, entre les hommes et les femmes (dans différentes déclinaisons), entre Dieu et les hommes (et les femmes), entre la Mort et les femmes (et les hommes). Et partout, c’est l’impasse. À l’exception notoire de la voie qui reliera bientôt la scène au public, celui-ci reconnaissant envers celle-là de mettre autant d’art, d’énergie et de rêve, à poursuivre un ratage annoncé. 


Collard-Neven, le cœur et le guide

Sur cette scène, ils sont cinq comédiens chanteurs (dont quatre faisaient déjà partie de l’équipe d’In H-Moll) à accueillir le supposé détenteur des clefs du septième ciel, Jean-Philippe Collard-Neven (alias Raphaël, et son piano à tout faire), musicien hors norme qui alimentera de son talent et de son hallucinante virtuosité le délire instauré par la metteuse en scène. 

Orchestre, bruiteur, sonneur de glas et même pianiste, il est ainsi le cœur et le guide d’un périple savant et mystérieux où le théâtre et la musique ne font qu’un, où le rire ouvre le chemin de l’émotion, où, même dans la réminiscence, même dans la grimace (mais, en s’y collant un peu, les comédiens ont les moyens de la transcender…), les tentatives désespérées des prédécesseurs continuent à faire leur œuvre.

Avec Pascal Crochet, Isabelle Dumont, Cécile Leburton, Pietro Pizzuti, Candy Saulnier. 

  • Bruxelles, Théâtre des Martyrs, jusqu’au 30 décembre. Infos & rés. : 02.223.32.08, www.theatre-martyrs.be