Scènes Ils se produiront, avec seize autres compagnies, ce week-end au Visueel Festival Visuel, à Berchem-Sainte-Agathe.

Ward Mortier en Thomas Decaesstecker, fondateurs de la compagnie belge Be-Flat, sont des artistes urbains, circassiens, acrobates, musiciens. Et des camarades de longue de date. "On a commencé le parkour (discipline sportive incluant le franchissement d’obstacles en milieu urbain ou rural) ensemble il y a douze ans. Chacun connaît les forces de l’autre, on est très complémentaires", explique Ward, développant l’idée selon laquelle leur pratique – non seulement sportive mais artistique – inclut une indispensable notion d’écoute : du partenaire, du public, du lieu, de l’imprévu qui peut sans cesse y surgir.

Lorsqu’on les rencontre, ils sont en repérage dans la commune de Berchem-Sainte-Agathe, autour de la place de l’Église d’où partiront les cent spectateurs munis de tabourets pliables qui vont les accompagner, samedi et dimanche, lors des représentations de Follow Me.

Caméléons

Ils déploient leur art au gré des festivals d’art de la rue ou d’art forain. Follow Me a beaucoup voyagé déjà et, chez nous, été joué entre autres à la Piste aux Espoirs à Tournai, au festival Sortilèges à Ath, mais aussi à Gand, à Hasselt, et sera au festival de Chassepierre les 17 et 18 août.

Et chaque ville – ou village – suppose une nouvelle exploration. Même si le spectacle est "écrit", il doit nécessairement s’adapter à la géographie où il se posera. "À Gand, par exemple, on a découvert une ruelle dans laquelle se faisaient face deux rangées de balcons. On a construit un morceau de spectacle spécialement pour cet endroit." Et chaque nouveau "morceau" entre au répertoire du duo.

Leur intervention, soulignent-ils, est bien plus que du "plug and play", plus qu’un spectacle existant qu’on vient jouer quelque part avant de repartir. "On est des caméléons qui nous adaptons à l’espace."

© Ana Dessetnica Festival

Rencontre non conventionnelle

Espace public, bien sûr, mais espaces privés aussi. Gambader sur un toit, glisser sur un seuil, escalader une cheminée ne se fait pas sans autorisation. Tout le rôle de l’organisateur (ici le centre culturel Archipel 19 et le Gemeenschapcentrum De Kroon, porteurs ensemble du Visueel Festival Visuel) consiste alors à mettre en lien les artistes et le quartier, y compris les particuliers le cas échéant.

"Ce qu’on aime dans le travail de Be-Flat, c’est qu’ils offrent une autre façon de regarder la ville, le quartier. Leur intervention fait naître, dans des lieux qu’a priori on connaît, des images neuves, presque des tableaux parfois", relève Sophie Dumoulin, de l’Archipel 19.

Le résultat de ce que Ward Mortier et Thomas Decaesstecker appellent la "rencontre non conventionnelle" : celle qu’ils souhaitent et que suscite leur spectacle.

Qui dit déambulation dit spectateurs en mouvement. Qui ne vont pas simplement d’un endroit à l’autre voir un nouveau numéro. "Leur déplacement fait partie de l’action." L’imprévu aussi, car l’art urbain comme l’entend Be-Flat s’ancre dans l’ici et maintenant. Et suppose un double focus : d’une part la concentration et la rigueur nécessaires pour réaliser leurs prouesses, de l’autre "la liberté d’interagir". Une philosophie qui tient aussi à leur caractère multidisciplinaire. "On ne part pas, comme au cirque, de l’envie de montrer une technique ; on trouve des solutions en fonction des moyens, la technique devient une réponse."

© Gert Swillens

L’art de la rue comme trait d’union

  • Pour sa 15e édition, le Visueel Festival Visuel creuse son sillon : accessible à tous et gratuit, il fait de l’art de la rue (théâtre, cirque, danse, performance…) le trait d’union entre les artistes, le public et le lieu qui les rassemble. Ici la commune bruxelloise de Berchem-Sainte-Agathe.
  • Coorganisé par le centre culturel Archipel 19 (ex-Le Fourquet) et le Gemeenschapcentrum De Kroon, le festival mise sur les regards et les corps, par-delà la langue.
  • Les 29 et 30 juin, de 14h à 19h, se produiront ainsi 17 compagnies d’ici et d’ailleurs, avec des propositions diverses qui ont pour point commun de transcender les frontières.
  • Ils viennent de Suède (Kaaos Kaamos avec Babel Glöm) ou de France (26 000 Couverts dans Wrzzz), ils mêlent rock et danse contemporaine (Shake Shake Shake par De Dansers), inventent le théâtre miniature automatisé pour un spectateur (Headspace par Electric Circus) ou revisitent les leçons de physique (Galileo-Huygens par l’Ensemble Leporello et la Cie des Mutants)…
  • Programme complet & infos : www.visueelfestivalvisuel.com