Scènes

C’est tout un art d’élaborer des spectacles intelligents qui vont déclencher un rire de même nature. Il faut une bonne dose de poésie, un sens de l’absurde affûté ainsi qu’un regard bienveillant sur le monde qui vous entoure. Une excellente maîtrise de la langue, tant qu’à faire. Fellag possède toutes ses qualités, et d’autres encore, tout aussi indispensables – comme celle d’être un excellent comédien.

L’humoriste algérien sera au 140 pour quatre représentations. Il vient y présenter “Bled Runner”, qui n’est pas un nouveau spectacle à proprement parlé, mais une compilation de ses meilleurs textes, la trame étant celle de ses anciens spectacles – qui est aussi celle de sa vie –, les deux étant intrinsèquement liés. Il y a 20 ans, “Djurdjurassique Bled” l’a rendu célèbre. Auparavant, il y eut “Un bateau pour l’Australie”, puis il y aura “Le dernier chameau”, “Tous les Algériens sont des mécaniciens” et “Petit choc des civilisations”. “Je suis reparti de mes textes. Je n’ai rien inventé. Je les ai juste remaniés. “Bled Runner”, c’est moi de 5 à 45 ans, jusqu’à mon arrivée en France, à Marseille. J’arrête à ce moment-là, parce qu’après, c’est une autre histoire.” C’est-à-dire  ? “Il n’y a pas de point final à mon spectacle. La fin est ouverte. C’est au public de réfléchir. Moi, j’ai fini, mais pour lui tout commence” raconte, l’œil malicieux, Mohamed Saïd Fellag, 77 ans, alors qu’on le rencontre autour d’un thé et d’un café dans la cafétéria du Théâtre 140, où il se produira du 14 au 17 juin prochains. Un spectacle intime qui touche à l’universel. Il y observe le monde de son regard….

"Avec les cancres, on se marrait beaucoup plus"

Après avoir été menacé de mort en Algérie, Fellag quitte son pays, en 1995, pour s’installer en France. Le petit garçon qui a grandi dans un village perdu de Kabylie parle le kabyle, l’arabe et le français. “Le kabyle, je le parlais à la montagne. En déménageant à Alger, j’ai appris l’arabe avec mes copains, dans la rue. A cet âge on apprend très vite. Le français, je l’ai appris à l’école. Je suis devenu très vite le premier de la classe. J’étais un élève très doux, mais en même temps malin et malicieux, j’ai remarqué que quand on était avec les cancres, on se marrait beaucoup plus. (rires) Je demandais pour m’asseoir derrière, à côté d’eux. Les cancres, ils racontent des histoires incroyables, ils font des trucs bizarres. Je me souviens de quelques cancres qui ont été des personnages emblématiques de mon écriture.”