Scènes

Il semble que le Vlaamse Opera aime le noir, noir des couleurs, noir des passions, noir des visions... Après la «Carmen» désespérante de décembre, l'opéra a présenté au public une création très attendue, «Richard III», fruit d'une commande passée au compositeur Giorgio Battistelli, dont le sujet, inspiré de la pièce éponyme de Shakespeare, ne risque pas de remonter le moral des troupes.

Né en 1953, auteur de musiques alternatives souvent liées au théâtre ou au cinéma, chef d'orchestre et professeur, Battistelli se profile comme un champion de l'éclectisme, adepte d'une liberté bienvenue dans le secteur. Le livret est signé par le Britannique Ian Burton, la mise en scène, par Robert Carsen, la direction musicale par Luca Pfaff.

Le meilleur pour la fin

La première représentation nous a laissé sceptique. Un sujet aussi violent que la courte ascension de Richard III - au coeur de la «Guerre des deux Roses» opposant, à la fin du XVe siècle, les maisons royales de York et Lancaster -, ascension payée d'une série de meurtres plus cruels les uns que les autres, frère, beaux-frères, neveux, fidèle conseiller etc., ne se chante pas sur des gavottes. Il n'empêche, dans la musique (tonique et tonale) de Battistelli, plusieurs éléments entravent lourdement le processus dramatique: une orchestration opaque, concentrée sur la partie médium des registres, et couvrant trop souvent les voix; une rythmique sommaire, sans contraste et sans dynamique; une grande pauvreté de couleurs, mais sans doute, cela fait-il partie du style «noir total», cher à la maison. On notera que la fin du deuxième acte échappe à cette description, offrant de nouvelles tournures, orchestrales et vocales. Pour ce qui est de l'écriture vocale, on soulignera le respect de la prosodie tout en regrettant un manque global de lyrisme. Il est vrai que Richard - rôle central et écrasant - est décrit comme un fou furieux, étranger à toute envolée mélodique...

Si la musique appelle des réserves, la mise en scène de Robert Carsen suscite, une fois encore, l'admiration par sa rigueur et sa puissance poétique (quoique bridée par le sujet). Selon le visuel signé Radu et Miruna Boruzescu, toute l'action s'inscrit dans un cirque fermé, amphithéâtre et arène à la fois, piste à l'avant-plan et gradins (légèrement de travers, comme si le séisme avait déjà eu lieu) montant jusqu'aux cintres. Les personnages sont uniformément vêtus d'un complet noir et d'un chapeau boule, avec de minces variations: les enfants sont tête nue, les femmes ont une cape et Richard, une couronne. Les accessoires sont réduits à trois objets, déclinés de multiples façons: la pelle (épée, mousquet, hache du bourreau...), le parapluie et la brouette. Trouvaille aux ressources inépuisables: le sable de l'arène est rouge. Dans cet environnement coercitif (ce dont Carsen raffole), l'action évolue de façon minimaliste et éloquente à la fois, dotant le regard de ce qui manque à l'écoute: un infini jeu de lumières. Ça ne rend pas l'histoire plus drôle mais soutient l'attention du spectateur - qui en a bien besoin.

Enfin, soulignons l'excellente distribution (majoritairement anglophone), menée par l'Américain Scott Hendricks, présent de bout en bout, offrant au rôle titre toute sa puissance vocale et scénique, et justement ovationné par le public à l'issue de la première. Avec, à ses côtés : Lisa Houben (Lady Anne), Lynne Dawson (Elizabeth) et Anne Mason (la duchesse de York), etc. Notons encore, dans les rôles des infortunés «princes de la tour», le contreténor Jonathan De Ceuster et le jeune Michael Lamiroy.

A Anvers, les 1er, 4 et 9 février à 20h, le 6 à 15h. A Gand, les 16, 18 et 23 février à 20h, le 20 février à 15h. Info et réservation: tél. 070.22.02.02, Webwww.vlaamseopera.be

© La Libre Belgique 2005