Le nouveau spectacle de Lisbeth Gruwez a une énergie revigorante et épuisante. Pour la première fois, la jeune chorégraphe, danseuse inoubliable de Jan Fabre, présente un projet de groupe, avec quatre danseurs. Centré sur le rire, le rire forcé, maladif, hystérique qui fait hoqueter le corps. On y retrouve un humour et une force remarquables. Toute la première partie est très réussie avec des danseurs fort typés, comme possédés par une vibration tenace, un halètement qui leur prend le corps jusqu’à l’épuisement.

C’est très drôle, et peu à peu tout en continuant leurs vibrations, ils échangent, communiquent. Puis, il y a le rire, grotesque, comme des cris, et il y a la consolation douce, sensuelle, des quatre corps mêlés. "Ce spectacle est centré sur l’extase du fou rire, comment on peut devenir fou de rire, comment le rire peut devenir contagieux, comment il peut être une arme qui désarme ou au contraire, une arme qui exclut" , nous expliquait Lisbeth Gruwez.

Rappelez-vous, il y a près de dix ans, Jan Fabre offrait à Lisbeth Gruwez un formidable et sensuel solo, qu’elle joua 150 fois et est devenue une icône de la danse et de l’art contemporain (la vidéo fut exposée à Beaubourg) : "Quando l’uomo principale è una donna", hommage à Yves Klein. Lisbeth Gruwez, en pantalon et veste, s’avançait lentement pour placer sur des fils des bouteilles d’huile d’olive qui se videront au goutte-à-goutte jusqu’à former une mer d’huile. Joyeuse, espiègle, elle était bientôt entièrement nue. Mais jamais elle n’était vulgaire et encore moins obscène.

On la retrouvait ensuite avec le musicien Maarten Van Cauwenberghe. Ils ont fondé la compagnie Voetvolk qui veut dire "infanterie, chair à canon , dit-elle, car nous voulons jeter nos corps dans la bataille sans artifices techniques."

D’emblée, cette volonté presque militaire éclatait dans son premier solo "It’s going to get worse and worse and worse, my friend", acclamé partout. Peu à peu, dans un crescendo, elle bougeait sur une musique faite de bouts de phrases captés sur un sermon de télévangéliste américain. Après avoir dansé sur les mots, ceux-ci la possédaient furieusement.


-> Bruxelles, Brigittines, jusqu’au 11 octobre. Rés. : 02.213.86.10, www.brigittines.be