Michèle Anne De Mey évoque ce qui reste du passé et des souvenirs.

Sur scène, un homme raconte avoir vécu toute une année quasi seul dans sa grande maison de 400 mètres carrés désormais désertée par les enfants. Il décrit longuement tous les objets dans chaque pièce, comme si ceux-ci pouvaient encore rattacher le passé désormais disparu. Chaque objet, par son usure même et par sa présence sur un meuble ou dans un tiroir, met en tête les moments d’une vie. Une grande armoire à souvenirs s’ouvre de temps en temps, faisant surgir des acteurs du passé, ramenant au présent des bribes de sa vie.

Virginia Woolf écrivait : "Le philosophe a raison de dire qu’il ne faut rien de plus épais que la lame d’un couteau pour séparer le bonheur de la mélancolie." De plus, si la mélancolie est douce, elle se niche déjà au plus près de la tristesse.

Michèle Anne De Mey avec sept comparses sur scène, raconte ce qu’on abandonne et ce qui subsiste quand on quitte une maison. Elle explique avoir été marquée par le départ de ses enfants quittant le nid familial et celui "prochain et plus définitif" de sa mère. Elle a été guidée aussi par la photographie d’une infinie tristesse de quelques feuilles de papier surnageant sur l’eau d’une rivière (la River du titre).

Le chien sur scène

Elle est cette fois seule à la manœuvre, sans plus Jaco Van Dormael qui l’avait accompagnée avec brio dans ses productions à succès, Kiss and Cry et Cold Blood. Danseuse et chorégraphe, elle ne danse quasi pas dans ce spectacle, choisissant d’être une longue silhouette mélancolique, accompagnée de son chien, Zaza, présent sur scène, celui qui la suit tous les jours.

Dans la pièce, cet héritage du passé arrive par flashes, avec deux danseuses qui rappellent la grâce de la jeunesse, avec un circassien venant jongler pour échapper à la pesanteur, avec une chanteuse interprétant de plusieurs manières Summertime.

Mais ces souvenirs qui se ramassent à la pelle et dont notre corps aussi garde la mémoire, ne suffisent pas à guérir du "soleil noir de la mélancolie" dont parlait Gérard de Nerval. Il vient tout envahir : le chien chéri meurt brusquement, la maison brûle et les acteurs terminent par une danse collective des adieux.

Michèle Anne De Mey a rassemblé plusieurs talents : Thomas Gunzig lui a concocté un texte, Fatou Traoré, une de ses complices, vient y danser, Didier De Neck, apporte l’image de l’expérience. Mais cela ne suffit pas pour créer une dramaturgie. Le spectacle, impressionniste, volontairement hétérogène, flotte, multiplie les points de vue et les techniques (film live et projection, danse, théâtre, cirque) et au final, nous émeut rarement, avec cependant quelques beaux moments comme la danse finale, des bras et des mains, qui sonne comme un au revoir à ce qui part rejoindre l’ombre du passé.

Avec encore Alexandre Trocki, Nino Wassmer, Charlotte Avias, Violette Wanty et Gaspard Pauwels. Dans une scénographie de Vincent Lemaire.

Bruxelles, Théâtre des Martyrs, jusqu’au 23 novembre. Infos et rés. au 02.223.32.08 ou sur www.theatre-martyrs.be