Observer, imaginer, analyser : c’est sur ces plans distincts et dans leurs intersections que se révèle Science-fictions. En se penchant sur le genre SF, Selma Alaoui découvre un champ vaste. Et une autrice majeure, Ursula K. Le Guin. Sans adapter l’une des œuvres de la romancière américaine, la metteuse en scène s’inspire de son univers pour forger cette fiction plurielle, aux temporalités entremêlées.

"C’est une expérience de la limite. […] La fin de l’éternité. […] Le temps est brisé", profère une voix en guise de prologue dans la nuit. On découvre un paysage peut-être lointainement urbain, où la nature a repris ses droits. Quatre personnes sont là, possiblement nomades, qui ont exhumé un document en images : les morceaux d’un film apparemment réalisé en 2020, interprété par des humains qui leur ressemblent – leurs ancêtres. Il pourrait bien s’agir de "la métaphore d’une espèce humaine désespérée". À travers ces bribes et d’autres, ils tentent de retracer le siècle écoulé et transmis incomplètement au fil des générations. 

Expériences hallucinogènes et amour dégenré

Dans leur présent de 2120, à la technologie réduite, on tente des expériences hallucinogènes à base de vase fongique, on pratique l’amour libre et dégenré, on traite ses douleurs au réchauffement cellulaire, on consulte les astres, les arbres et les poissons, on n’évoque pas sans dégoût le temps où les humains consommaient des animaux et monnayaient leurs échanges…

Avec Olivier Bonnaud, Jessica Fanhan, Achille Ridolfi, Éline Schumacher – et une abondante matière d’improvisations –, Selma Alaoui a injecté dans l’anticipation des bulles d’aujourd’hui : la très théâtrale et cocasse séquence de l’équipe de tournage, sous-tendue de revendications d’équité, de survie de la culture. Comme une irruption du vaudeville fortement teinté de réel.

Des bulles d’un futur intermédiaire aussi, des témoignages des années 2070-2090, sur les particularités d’un monde révolu : les livres, le théâtre, la propriété privée…

Relié en ses extrémités par une habile pirouette dramaturgique, Science-fictions, pertinente utopie futuriste, balance avec justesse entre légèreté et aplomb, pour éclairer tant nos us et travers actuels que notre vision du progrès.

  • Bruxelles, Varia, jusqu’au 22 octobre – 02.640.35.50 ou www.varia.be
    Et au Théâtre de Liège du 27 au 31 octobre – 04.342.00.00 ou www.theatredeliege.be
  • Voir aussi : "Danser au bord du monde", lecture-spectacle autour de la SF au féminin, le 13 octobre à 12h40 aux Musées royaux des beaux-arts, Bruxelles. Rens. : www.midisdelapoesie.be

© Phile Deprez