Angelo Bison à nouveau seul en scène et magistral, au Poème 2, dans un texte de l’écrivain belge André Baillon. Reprise jusqu'au 20 décembre.

"Écrire est inquiétant", lance l’homme qui, longeant le gradin, a rejoint la scène. Costume noir, chemise blanche boutonnée jusqu’au cou, bottines et valise de cuir. Il se présente : Jean Martin ; écrivain, homme de lettres. "Jean comme tous les Jean ; Martin comme… Non, pas comme tous les Martin : comme l’ours quand il fait le beau pour une croûte, dans sa fosse au Jardin des Plantes. Vous percevez la nuance, n’est-ce pas ?"

Cette première adresse l’est à l’interne de l’hôpital où il est admis. Sa quête : le calme, le silence, la simplicité. Le plateau nu le restera jusqu’au bout, traversé d’une diagonale de lumière, un couloir, une possible issue.

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Scénographie (Thomas Delord) et lumière (Michel Delvigne) simplissimes pour un seul en scène vibrant. © Alice Piemme

"Nous sommes tous ici plus ou moins les victimes de la peur", glisse celui qu’aussi déchire l’amour de et pour deux femmes, Jeanne, l’épouse, et Claire, l’amante. Celui encore qui se débat avec son attirance irrépressible pour Michette, la fille de Claire. Celui qui toujours, encore, cherche à écrire à nouveau et se sent comme une poule triste incapable de pondre.

Le visage d’"Ennemi public"

Pour le grand public, Angelo Bison a les traits inquiétants de l’assassin d’enfants Guy Béranger (inspiré de Marc Dutroux) dans la série belge Ennemi public - dont la première saison est rediffusée actuellement (sur Auvio et la Deux) alors que la saison 2, très attendue, est programmée sur la Une dès le 10 mars.

Au théâtre, sa patrie de longue date, l’acteur n’affirme pas moins son intensité, qu’il met au service d’écritures fortes et singulières. D’Ascanio Celestini avec Fabbrica , puis Pecora Nera et Histoires d’un idiot de guerre, à Fausto Paravidino (Nature morte dans un fossé) ; de Paul Pourveur à Tom Lanoye ; en passant par Stefano Massini (Femme non rééducable, ou encore la foisonnante Lehman Trilogy ).

Monologue en cinq confessions

Le comédien retrouve ici son complice Michel Bernard après L’Avenir dure longtemps et sa saisissante incarnation de Louis Althusser. C’est à présent la prose de l’écrivain anversois André Baillon (1875-1932) qui réunit les deux hommes, autour d’Un homme si simple (1925), dont l’auteur tira la matière de son séjour, deux ans plus tôt, dans le service psychiatrique de la Salpêtrière (Pépette pour les intimes).

Cinq confessions s’enchaînent dans ce qui se mue en monologue fluctuant, chronique de la folie ordinaire. Entre résurgence des souvenirs et présent de l’expérience, au fil de l’angoisse, de l’obsession, dans "le bric à brac des grandes espérances et des petits agréments".

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© Alice Piemme

D’une sobriété séminale, la mise en scène de Michel Bernard (avec l'appui de Thomas Delord à la scénographie et de Michel Delvigne à la lumière) fait un écrin au verbe si actuel de Baillon, à la retenue et l’expressivité d’Angelo Bison, à l’inquiétude et la douceur, à la modestie et la générosité du geste, à cette façon si personnelle, précise, pénétrante, de porter l’écriture, de s’approprier la langue.

  • Bruxelles, Poème 2, jusqu’au 3 mars. Jeudi, vendredi, samedi à 20h, dimanche à 16h. Reprise du 5 au 20 décembre.
  • Rés. : 0483.19.78.81. Infos : www.theatrepoeme.be et www.chargedurhinoceros.be