Ce mois d’octobre, le théâtre des Riches-Claires propose deux seuls-en-scène portés par deux comédiennes : Camille Husson dans Sexplay Nos panthères nos joyaux et Caroline Bouchoms dans Vénus impudiques. Une programmation complémentaire car, là où Camille Husson aborde la sexualité et le plaisir, Caroline Bouchoms se centre sur la création, la procréation et l’écologie. Certes, ces deux spectacles investissent leur propos en s’intéressant au corps féminin, mais ne vous y trompez pas : ils ne cachent aucun plaidoyer féministe et s’adressent tant aux spectateurs féminins que masculins.

Liberté sexuelle, vraiment ?

Autrice, comédienne et metteuse en scène, Camille Husson livre ici son premier solo. Dont l’origine tient en un constat. "J’ai toujours eu l’impression que ma génération était une génération libre, explique-t-elle. Je suis née (en 1985, NdlR) après la soi-disante révolution sexuelle, le droit à la pilule, le droit à l’avortement. Je peux aimer un homme, une femme, personne ; aller dans un club libertin ;… La loi ne me l’empêche pas. Cela étant, je me suis demandé si j’étais vraiment libre". Elle se rappelle alors ses premiers émois sexuels, ses premières expériences. "Et là, je me suis dit ‘Ouh ! Lalaaa !’ Aujourd’hui encore, je suis pétrie dans plein de choses en termes de sexualité. Les représentations sexuelles qu’on nous propose influencent notre sexualité, nos désirs. Et, finalement, on n’est pas si libre que ça : c’est hyper difficile de savoir si c’est notre désir ou si c’est un désir qui vient d’ailleurs et qu’il est devenu le nôtre." Pornographie en accès illimité, jugement envers soi et les autres, regard d’autrui,… les freins à notre liberté sexuelle sont nombreux.

Pour donner chair à son ressenti, Camille Husson a construit son spectacle sur la base de témoignages (ami.e.s, interlocuteur.rice.s dans diverses manifestations telles que le Porn Film Festival de Berlin, des boutiques de charme,…). "L’envie de parler de ce sujet m’est venue en 2015, se souvient-elle. Au début, les discussions portaient beaucoup sur le couple et la perte de désir - ce sont surtout des garçons qui me confiaient la perte de désir de leur partenaire féminine. Mais, très vite, je me suis rendu compte que cette question du couple m’enfermait dans le sujet, car le le sexe, c’est d’abord soi. La liberté, c’est avant tout soi-même, se découvrir soi-même. Et, rechercher du plaisir, rester en mouvement dans sa sexualité, continuer à jouer, dans le sens noble du terme, en fait, ce n’est pas si simple que ça".

Et parce que la sexualité est multiple, propre à chacun.e, Caroline Husson a choisi de passer par l’auto-fiction. "Au départ, je ne voulais pas parler de moi, mais on ne peut pas aborder ce sujet sans se mettre soi-même en danger, affirme-t-elle. Je voulais vraiment partir de cette posture : je suis censée représenter la liberté".

"J’ai cru que j’étais enceinte"

Liberté de disposer de son corps, d’assumer ses choix de vie. Tel est aussi le fil rouge du seul-en-scène Vénus impudiques de Caroline Bouchoms. Une forme que cette actrice, autrice, metteuse en scène et dramaturge affectionne tout particulièrement depuis le début de sa carrière, il y a dix ans. "Dans ce spectacle, j’ai voulu mettre en lien la création et la procréation au départ d’un chamboulement : j’ai cru que j’étais enceinte, raconte-t-elle. Or, depuis toute petite, je disais que je ne me marierais pas et que je n’aurais pas d’enfant. Mais, tout d’un coup, le fait d’être potentiellement enceinte, me faisait dire ‘Oh ! Chouette !’ Puis, deux-trois jours après, je suis tombée sur un paquet de langes en faisant mes courses. J’ai commencé à déconner - tout le monde riait dans le magasin - et je me suis dit que je ferais bien un spectacle sur ce sujet". Forte de son vécu, elle atteste : "On vit dans une société qui propose un modèle dominant - le mari, la femme, les enfants - et, forcément, quand on n’est pas dans ce modèle-là, on dénote".

Sa démarche artistique s’ancre dans les récits de vie : "J’aime passer par la petite porte de nos vies pour rejoindre des questions plus universelles". Pour creuser son sujet, Caroline Bouchoms a donc enquêté auprès de ses "semblables féminins", les hommes s’étant montrés moins enclins à répondre à ses questions. De ces vingt heures de témoignages, elle en a retiré un spectacle d’1h05. "Vu la délicatesse du sujet, je voulais apporter une multiplicité de points de vue, avec un fil narratif" et dépasser "la vision dualiste de notre société (hommes/femmes, nature/culture)".

De l’intime au couple, la famille, les amis, le vivre ensemble, du "je" au "nous", "nos deux spectacles sont une ode à la liberté de vivre, d’oser être qui l’on est et d’accepter de vivre sa vie", conclut Caroline Bouchoms.

Bruxelles, Les Riches-Claires (salle Viala & salle Marion), du 14 au 30 octobre. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur www.lesrichesclaires.be