Ça commence en vacances, par une scène de masturbation de deux enfants dans les dunes, face à l’océan. Ça passe par le club le plus cool et libre de Berlin, bodypaint fluo et techno à l’appui. Ça revient à l’orée de l’adolescence, aux jeux entre copines, aux premiers contacts avec le porno au gré d’une pile de magazines au grenier. Ça explore et ça explique, ça expérimente tous azimuts, de la forêt aux fins de soirées alcoolisées où le consentement soudain semble évaporé.

Épaulée par Marion Lory (co-mise en scène), David Chazam (création sonore), Michel Delvigne et Aurore Leduc (création lumières), Milton Paulo (travail corporel), Olivier Hespel et Isabelle Bats (conseil dramaturgique), Camille Husson livre un seul en scène aussi personnel que nourri d’expériences racontées par d’autres, quidams ou spécialistes, ici ou ailleurs.

Introspection suggestive

Sexplay – Nos panthères nos joyaux apparaît ainsi comme un voyage, une introspection suggérée – et suggestive – à chaque spectatrice et spectateur, un intime questionnement de nos libertés et de nos limites.

Des limites qu’interroge aussi l’actrice, bien qu’explicite et profuse dans son exposé. Tenue pour acquise, la révolution sexuelle a-t-elle bien eu lieu ? Où en sont les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, les jeunes filles, sur le terrain de l’éducation sexuelle ? Comment se bâtir un imaginaire érotique ? s’approprier sa sexualité ? s’émanciper des rôles et des modèles ? élaborer sa propre éthique ?

C’est une "femme, trentenaire, cisgenre, hétérosexuelle, monogame, ultranormée, et tout à fait conventionnelle" qui nous parle. Une exploratrice en quête de sens, de sensibilité, de sensations. Des champs d’exploration incluant une dimension politique qui suppose, pour l’aborder, de "passer par l’intime". D’où l’autofiction pour laquelle a opté Camille Husson, qui fera d’ailleurs un clin d’œil au procédé dans un épisode de sexshop où soudain elle se reprend – pas obligée de se poser des limites – pour pousser plus loin le récit, le fantasme.

Sexplay suppose un langage scénique aussi souple que solide. La jeune femme lui donne vie et corps, y compris à travers un petit lexique, matérialisé au néon, de désirs dits "déviants". Or, "il n’y a pas d’évolution sans déviance", martèlera celle qui clôt sa pièce sur une fin grand ouverte, et joliment transgénérationnelle.