Trois néons rouges suspendus à la verticale. Une scène à la façon d’un ring de boxe. Et, sur un fond noir, sept lettres lumineuses en rouge pour Sisters . Musique. Débarquent trois femmes vêtues de rouge.

Elles se quittent. Pour se relayer chacune sur le plateau du Little TTO, la petite salle du Théâtre de la Toison d’Or. “Mon mari aurait dû être rabbin”, entame Nath (Nathalie Uffner). Le ton est donné d’emblée  : on parlera religions, mais religions vues et ressenties par le prisme féminin. Il y a donc Nath, dont l’époux est “Juif arabe” – “oui, ça existe, et le dernier habite chez moi” . Un mari qui la/se questionne beaucoup sur le judaïsme. De quoi donner à Nath toute latitude pour parler belle-mère, différences entre Ashkénazes et Sépharades, Nouvel an Juif, Auschwitz,…

Arrive ensuite Véro (Odile Mathieu). Elle, c’est la bobo catho de Grez-Doiceau, “devenue hébergeuse de migrants”, prenant son “rôle très à cœur”. Mue par “le plaisir d’offrir et la joie de recevoir” – elle est vêtue d’une djellaba rouge, cadeau des réfugiés qu’elle accueille –, elle n’hésite pas à ajouter du Métarelax aux repas qu’elle leur sert, “pour les détendre”, eux qui “ont besoin de vitamines et d’oligo-éléments”.

Et puis, il y a June (June Owens) qui, flingue à la main, est en train de commettre “un braquage soft”. L’occasion pour elle de se présenter à ses otages. Elle a, définit-elle, “une identité complexe  : une femme, assez jolie, arabe, musulmane modérée, belge et lesbienne”. Et de rentrer dans le tas  : “La plupart des musulmans sont à côté de la plaque en ce qui concerne leur religion. Il y a autant de musulmans que de Pokémons dans le monde”. Surtout, “avant d’être arabe, je suis belge”, insiste June, qui doit en permanence lutter contre le diktat des apparences.

Un ton léger et impertinent

Écrits par trois auteurs bien différents – Albert Maizel, Myriam Leroy et Mehdi Bayad –, ces trois stand-up constituent la première partie du spectacle. On regrette un léger manque de subtilité dans les liants entre les trois solos. Cependant, on rit, parfois jaune, en naviguant entre les vagues de clichés qui inondent les trois grandes religions monothéistes, et en particulier les femmes. Le ton est fidèle à la ligne du TTO  : léger et saupoudré d’impertinence.

La deuxième partie de la pièce, bien agréablement déconcertante, vient tonifier le propos tandis que les trois comédiennes sont réunies sur le plateau. La mise en scène, signée Emmanuel Dell’Erba et Nathalie Uffner, est, ici, bien ficelée et le jeu des trois comédiennes particulièrement bien mené. Après les stéréotypes vient le moment de les déconstruire : cette pièce a-t-elle vraiment une raison d’être  ?, interroge June. “On est trois stéréotypes sur pattes  ! Je n’y crois pas”, peste-t-elle. Pourquoi parler de “la” musulmane, “la” juive ou “la” chrétienne  ? “Réduire, c’est essentialiser  !” Tout y passe, à la grosse louche  : le voile, le burkini, les règles, le conflit israélo-palestinien, le plaisir sexuel féminin, les blondes,… On s’amuse, beaucoup. Sisters assume son côté féministe car, après tout, face à trois religions éminemment patriarcales, “le problème, ce n’est peut-être pas les religions, c’est peut-être les femmes…”, soumet Nath. Et Who run the world  ? Girls  !

Bruxelles, Théâtre de la Toison d’Or, jusqu’au 2 mars. Infos et rés.  : 02.510.05.10 – www.ttotheatre.be