Humain de 55 ans, Jean-Luc Piraux a encore, selon les statistiques, une vingtaine d’années à vivre. Vingt ans ! ce n’est pas rien - mais pas non plus tant que ça. Vingt ans mais dans quel état, surtout ? Entre les murs nus de la petite salle du Varia, l’auteur et comédien, mis en scène ici par Olivier Boudon (avec aussi la complicité dramaturgique de Didier de Neck, Marianne Hansé et Anne-Marie Loop), balance quelques chiffres, histoire de poser le cadre. Statistiquement parlant, dit-il donc, une personne sur trois finira démente, une sur quatre aura une prothèse, une sur 63 souffrira de la maladie d’Alzheimer, et huit sur dix rencontreront des troubles de la mémoire…

Lui-même, tout au long de ce pied de nez à la mort qu’est "Six pieds sur terre", recourra volontiers aux petites notes adhésives qui ponctuent sa table de taches jaunes.

Des ronds dans l’eau

Si, aux côtés de la mémoire justement, la transmission est une matière récurrente dans le travail de Jean-Luc Piraux, elle tient ici une place centrale - quoiqu’en forme de point d’interrogation, tant l’artiste paraît naturellement habité par ce doute salutaire qui autour d’une œuvre propage des ondes comme un caillou fait des ronds dans l’eau.

Or s’il s’agit de parler de la mort, ce terme indubitable de toute existence, c’est à son clown intérieur que fait appel l’acteur. "Vivons heureux en attendant la mort", pourrait-il dire comme Desproges. Rions-en plutôt que nous abandonner au désespoir, propose-t-il, tout en chatouillant sur le mode de la conversation ce presque tabou. La fin de vie, les assauts de l’invalidité, l’euthanasie, ce qu’on laisse à ceux qui restent : ces sujets si souvent confinés dans le silence surchauffé des maisons de repos, voire dans la joie étrange et généreuse des centres de soins palliatifs - des lieux qu’ont longuement visités Jean-Luc Piraux et sa compagne Brigitte Petit, tous deux formant le Théâtre Pépite, avant d’élaborer ce spectacle.

Avec ses audaces dramaturgiques et sa liberté toujours humble, "Six pieds sur terre" conjugue la lucidité sur le mode de l’autodérision, sans jamais oublier la tendresse.

Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 7 février, à 20h. Durée : 1h10 env. Sont repris dans la foulée "Faut y aller !" (10-12/2) et "En toute inquiétude" (13-14/2). Possibilité de billets combinés.

Rencontre-débat "Vieillir peut-être. Mourir, sûrement", le 3 février vers 21h45, en partenariat avec le Centre régional du Libre Examen.

Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be