Auteur, comédien et metteur en scène, Thibaut Nève connaît bien l’aventure de la revue politique Sois Belge et tais-toi  !, créée au début des années 80 par André Remy et Joël Riguelle (NdlR  : qui deviendra bourgmestre de Berchem-Ste-Agathe), vite rejoints par Baudouin, le fils d’André. Il l’a déjà orchestrée à cinq reprises, entre 2008 et 2013. En 2017, Sois Belge fêtait ses 20 ans. Cette année, le spectacle aux 40 000 spectateurs revient, mais sous une nouvelle forme – une version 2.1 avec de nouveaux comédiens, de nouvelles imitations et chansons, etc. –, où l’on retrouve Thibaut Nève à la mise en scène.

Sois Belge et tais-toi  ! a eu 20 ans l’an dernier. Un changement fort était-il nécessaire pour marquer la transition avec cette 21e édition  ?

Vingt ans, c’était un cap pour André et Baudouin Remy qui ont créé Sois Belge et tais-toi  ! de façon professionnelle il y a 20 ans, mais aussi pour une partie de l’équipe, dont Joël Riguelle était le plus ancien. Son départ était le plus significatif pour la 20e saison. La production en a donc profité pour marquer un tournant dans le spectacle tout en gardant des fondamentaux. Mais Sois Belge a toujours voulu se renouveler  : c’est un spectacle qui se crée tous les ans, fait 50 dates minimum en Belgique, est 100  % privé et est donc soumis au renouvellement.

Vous en êtes à votre 6e mise en scène de Sois belge. Qu’est-ce qui en fait le sel  ?

C’est un spectacle qui me tient très à cœur. J’ai toujours retenu cette part d’exigence dans le travail sur un endroit de vérité qui n’était pas tout le temps dite. J’essaie toujours d’aller chercher ce que le théâtre peut dire qu’un autre média ne dirait pas. Et dans Sois belge, j’ai ça. Alors, le mettre en scène est un exercice très périlleux, mais j’y arrive car je crois parvenir, à la fois, à cadrer l’écriture, le côté visuel et le jeu.

Comment se passe votre travail entre les auteurs du spectacle, André et Baudouin Remy, et les comédiens  ?

Il faut que tous les fondements du jeu soient accessibles aux comédiens dont le milieu politique n’est pas nécessairement l’ADN. Tel un traducteur, j’effectue d’abord un travail de digestion de la partie textuelle  : je pose des questions à André et Baudouin quand je ne comprends pas ce qui se dit dans un sketch. Après, mon travail est de mettre tout ça en jeu. Je vais vers les artistes et je leur dis  : “Voilà la situation à jouer : voilà quels sont les tics de ton personnage : voilà comment il va être drôle”… parce qu’il y a des politiques plus drôles que d’autres  – c’est un peu terrible de dire ça, mais nous sommes dans une génération où les communiquants des politiques les lissent énormément.

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour les comédiens quand ils interprètent un politique  ?

Souvent, ils entrent d’abord dans leur personnage par la caricature. Il faut vous imaginer qu’une fois qu’ils ont leur personnage, tous les matins, pendant dix minutes, ils mettent leurs écouteurs et écoutent sur YouTube différents extraits pour choper le timbre, le phrasé, les tics de langage,… Puis, ils viennent avec ce travail en répétition. Et, c’est là que je leur dis souvent qu’ils sont trop près de la caricature et pas assez dans le jeu.

Comment trouvent-ils alors l’interprétation la plus juste  ?

Sois Belge est un spectacle, donc ça reste une part de fiction. Comme les humoristes, c’est toujours une part de réel qu’on transforme. Ainsi, jouer Jean-Marc Nollet est plus drôle si on ne prend qu’un seul de ces traits qu’on va grossir. En ce qui le concerne, la vérité se trouve dans la nasalisation des voyelles, c’est-à-dire la manière de placer sa voix, davantage que sa gestuelle qui, en soi, n’est pas très humoristique. Chaque personnage a ainsi sa porte d’entrée et l’endroit où l’acteur peut travailler pour que le spectateur se dise  : “Mais oui  ! C’est lui  !”.

La spécificité d’une revue politique est qu’elle s’adapte à l’actualité… qui est bien dense en ce moment.

Oui. Samedi, en plein spectacle, on apprenait la chute du gouvernement. Baudouin est parti en improvisation en Charles Michel. La fiction qui rejoint le réel à une telle vitesse, c’est du jamais vu  ! On reprend vendredi et on a environ 5 à 10  % du spectacle qui va bouger.


EN PRATIQUE

Quoi  ? La revue politique Sois Belge et tais-toi  !, c’est un spectacle itinérant de plus de 50 dates en Belgique.

Quand  ? La troupe sera à Bruxelles, au Théâtre Saint-Michel, les 14, 15 et 21 décembre à 20 h ainsi que le 16 décembre à 16 h. Elle y jouera aussi pour le Réveillon du Nouvel an, à 21 h. Elle sera aussi à Namur, au Théâtre royal, du 26 au 29 décembre, à 20 h. En 2019, Sois Belge sera en tournée à Bruxelles, Huy, Rouvroy, Nivelles, Liège, Luxembourg, Ath, Chimay, Louvain-la-Neuve, Charleroi, Mouscron, etc.

Comment  ? Retrouvez toutes infos et dates de tournée sur www.soisbelge.be