Michèle Noiret propulse ses "personnages chorégraphiques" dans l’incertain du monde. Une création présentée en ouverture de la Biennale de Charleroi danse.

Biennale de Charleroi danse, ouverture – un soir de crachin insistant et de dispositif policier entourant le match au stade voisin. Le public cependant afflue aux Écuries. Il y découvrira Levée, fruit des ateliers menés par Boris Charmatz avec une trentaine d’enfants, sur base de sa pièce Levée des conflits. Un travail de chœur et d’individus généreux, solide et plein d’ouverture.

En seconde partie de soirée, le chorégraphe et danseur français (désormais installé à Bruxelles, et qu’accompagne Charleroi danse) présentait en première belge un chœur encore, à la fois savant et fusant de spontanéité : Infini, baigné des chiffres qui, d’ordinaire invisibles, inaudibles, servent de repères à la danse, et qui aussi balisent le temps des historiens comme celui que nous traversons au quotidien (Infini sera au Kaaitheater, à Bruxelles, du 25 au 28 mars).

"Infini" de Boris Charmatz (ici à Montpellier), après l'ouverture de la Biennale de Charleroi danse, sera présenté à Bruxelles, au Kaaitheater, du 25 au 28 mars 2020.
"Infini" de Boris Charmatz (ici à Montpellier), après l'ouverture de la Biennale de Charleroi danse, sera présenté à Bruxelles, au Kaaitheater, du 25 au 28 mars 2020. © Laurent Philippe

C’est sur nos vies aussi, et sur l’état du monde, que se penche Michèle Noiret dans sa nouvelle création en collaboration avec David Drouard.

Sans renier son identité créative, elle renouvelle son vocabulaire. Toujours présents, les personnages chorégraphiques – ici un quintet composé d’Alexandre Bachelard, Harris Gkekas, Liza Penkova, Sara Tan, Denis Terrasse – habitent un espace-temps où la chorégraphe projette ses réflexions.

Lutte, survie, connivence

Incertitude et chaos dominent nos sociétés pourtant si obstinées dans leurs nuisibles habitudes. De l’ampleur – désespérante ou galvanisante – du nécessaire champ d’action, Michèle Noiret tire un Chant des ruines aussi pétri d’inquiétude qu’étrangement ludique.

Comment, dans la frénésie consumériste ambiante, ne pas perdre pied ? Voilà, rapidement résumé, le sujet de cette création. Wim Vermeylen a conçu un périmètre en mutation où s’imbriquent les interactions et émotions contrastées, sinon contradictoires, portées par les danseurs. Et où tantôt se faufile tantôt s’impose la création vidéo de Vincent Pinckaers. Corps et matières ensemble, de la destruction à la survie, de la lutte à la connivence – sous les lumières de Gilles Brulard.

Créé à la Biennale de Charleroi danse, "Le Chant des ruines" sera au National, à Bruxelles, en février.
Créé à la Biennale de Charleroi danse, "Le Chant des ruines" sera au National, à Bruxelles, en février. © Sergine Laloux

Fidèle comparse de la chorégraphe, le designer sonore Todor Todoroff ajoute une dimension à cette narration diffractée : du grésillement au fracas, une atmosphère dense que vont assaisonner quelques traits inattendus (Summer Samba remixée, Beau Danube bleu ou Back to Black d’Amy Winehouse en playback). La pop culture comme signe fragile mais têtu de ce qui nous unit. Car l’humour s’invite dans la noirceur et les images fortes de ce Chant des ruines, où une créature nous vante son Guide de survie au XXIe siècle.

Alors que la composante symbolique tendait à appesantir ses pièces précédentes, le jeu orchestré ici par Michèle Noiret ose une immédiateté allégée en métaphore. On regrettera seulement l’ultime tableau venu ajouter un épilogue superflu à cet ensemble accessible et équilibré.

  • La Biennale court jusqu’au 26 octobre, à Charleroi (Écuries, PBA) et Bruxelles (Raffinerie) - 071.20.56.40 - www.charleroi-danse.be
  • "Le Chant des ruines" au National, Bruxelles, du 18 au 22 février - www.theatrenational.be