Jusqu'ici, le Théâtre Océan Nord se limitait à quatre accueils par saison, explique sa directrice Isabelle Pousseur qui, cette fois, a augmenté la dose. "On va voir si on tient le coup, sourit-elle. En tout cas, je tiens beaucoup à ce que les compagnies accueillies - puisqu'on ne peut pas coproduire, du moins en "argent frais" - aient un temps de travail suffisant dans la salle." C'est donc une saison qui commence singulièrement tôt, et à laquelle s'est ajoutée, plus tard que d'habitude, la reprise attendue de "4.48 Psychose", la pièce de Sarah Kane mise en scène - et rendue lumineusement intelligible - par Isabelle Pousseur, avec Véronique Dumont et Catherine Salée, dans un dispositif scénique étonnant signé Michel Boermans. A voir ou à revoir fin avril.

On entamera 2008-2009 avec une figure féminine multiple, la Victoria d'Ingmar Bergman dans "Affaire d'âme", où Anne-Sophie de Bueger et Florence Hebbelynck habiteront la mise en scène de Myriam Saduis. Intarissable dès qu'il s'agit de Bergman et de son oeuvre, celle-ci a obtenu les droits de cet écrit dont le projet cinématographique n'avait pas abouti - raison de l'accord là où l'auteur et cinéaste refusait absolument d'envisager de nouvelles versions de son travail "fini". Ce projet, explique Myriam Saduis, tourne autour de la figure de la femme folle, métaphore de la mère de Bergman lui-même - "qui a utilisé sa vie intérieure comme matériau de fiction, sachant que ce qui est arrivé, on ne peut jamais l'attraper". "Affaire d'âme" serait, ainsi, "la chambre intérieure où une femme essaie de reconstruire ce qui a eu lieu, sous forme de fiction". Le tout en relevant le défi de la forme - "Il fallait changer de focale" - et du sens à trouver au-delà de la douleur, ce sujet vertigineux. "Il y a des mots qui, pour Myriam Saduis, ne bordent pas la souffrance, mais malgré tout on crée, à travers cela et avec cela." Le spectacle sera aussi le prétexte, comme souvent à l'Océan Nord, d'une journée rencontre, le samedi 13 septembre, avec interventions du cinéaste et critique Strig Björkman, du philosophe et psychanalyste Yves Depelsenaire, et projection de "La Charrette fantôme" de Victor Sjöström, film à la source de la vocation de Bergman.

En novembre, Candy Saulnier, actrice férue du travail de la voix, créera "La Vie au bord du puits", reliant une histoire singulière, la vie de sa grand-mère agricultrice, à la mémoire collective, un conte populaire breton. Le tout associé au chant. Et tandis que sera mené, sur les mêmes thèmes, un atelier avec des habitants du quartier : "Récits d'origines". Présentation mi-décembre, lors de Mini-Rencontres d'Ateliers, avec également la reprise de "Résidence provisoire" mené et encadré par Amid Chakir.

Proche d'Isabelle Pousseur dont elle fut l'assistante, Coline Struyf adapte et met en scène, en janvier, le roman "Un fils de notre temps" d'Ödön von Horváth dans une distribution très liégeoise : soit le destin d'un jeune chômeur désemparé face à l'avenir, qui décide de s'engager dans l'armée pour échapper à la misère.

En mars viendra "Mars", d'après Fritz Zorn, monologue venu du fond du gouffre, qu'interprétait Jean-Quentin Châtelain au Centre culturel suisse à Paris en 2002. Depuis qu'il l'y a découvert, Denis Laujol n'a eu de cesse de monter ce texte, ici pour huit comédiens, dans un travail sur la choralité autour de Mars, donc, dieu païen de la guerre et de l'agression, mais dieu aussi de la force créatrice, du renouveau, du printemps.

Après la reprise de "4.48 Psychose" évoquée ci-dessus - et seul véritable texte de théâtre de la saison, les autres étant des adaptations ou des créations originales -, viendra "Et Blanche aussi", qu'avait présenté le Théâtre de la Vie l'hiver dernier dans le cadre de Scène ouverte jeune création. Un texte d'Aurélie Namur, une dramaturgie et une mise en scène de Félicie Artaud, une interprétation des deux créatrices pour ce conte où le geste se joint à la parole - et au mutisme, au murmure, au cri - pour ouvrir des brèches dans la routine. Jolie reprise fin mai.

On notera aussi une première au T.O.N. : la projection d'"Extérieur Rue", long métrage, entre documentaire et fiction, signé Anne Closset et Carmen Blanco-Principal, avec les habitants de la rue Vandeweyer, celle de l'Océan Nord, toujours à l'écoute de son quartier.

Théâtre Océan Nord, 63, rue Vandeweyer, 1030 Bruxelles. Tarifs : de 5 à 10 €. Tél. 02.216.75.55, Web www.oceannord.org