CRITIQUE

Hristo Boytchev? Un auteur bulgare né en 1950, ingénieur (génie mécanique) tombé dans le théâtre par passion au cours des années 80.

En 1989, il est élu «dramaturge de l'année» avec non moins de quarante réalisations scéniques de ses pièces dans les théâtres de son pays. Depuis dix ans, il est de plus en plus joué à l'étranger, en Europe centrale et jusqu'à Vienne et Athènes.

Dans les années 90, Boytchev a été responsable d'émissions satiriques à la télévision. Profitant de son temps d'antenne pour monter des happenings politico-comiques, il s'est présenté aux élections présidentielles de 1996 où il a recueilli quelque 100.000 voix (2 pc de l'électorat).

Son «Colonel-Oiseau», écrit en 1995 et 1996, a été traduit en neuf langues et donné notamment au Gate Theatre de Londres, après avoir obtenu le grand prix international de dramaturgie contemporaine du British Council en 1997.

FABLE KAFKAÏENNE

Jouée à Londres, Rome, Berlin, la pièce a été créée en langue française à Avignon en 1999 par le metteur en scène Didier Bezace. Derek Goldby reprend l'adaptation française de Iana-Maria Dontcheva pour le spectacle qui vient de débuter au Théâtre de Poche. Moins métaphysique, plus ouvertement satirique que celle de Didier Bezace, la vision de Derek Goldby colle de plus près à la lettre du texte.

Sur fond de guerre des Bal- kans, «Le Colonel-Oiseau» évoque la folie et la norme, la guerre et le nationalisme, le pouvoir, la peur, le désir, etc. L'action de cette fable aux relents kafkaïens se déroule dans un ancien monastère transformé en asile psychiatrique où arrive un nouveau médecin sans grande envergure, auquel on a confié cette «dizaine de cas de psychose très intéressants, bien qu'inoffensifs»

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Un tzigane humilié par l'impuissance sexuelle (Riton Liebman), une prostituée désireuse d'expier ses péchés (Isabelle Paternotte), un cleptomane alcoolique (Georges Lini), un comédien sourd comme un pot (John Dobrynine), un psychotique convaincu qu'il rétrécit le soir et qui vit dans la panique de périr écrasé sous la semelle d'un de ses compagnons de chambrée (Jaoued Deggouj), tel est l'échantillon d'humanité que découvre le psychiatre (Pierre Dherte), lui-même pas très net.

Parmi cette communauté abandonnée de l'administration centrale, privée de médicaments, de vivres et de chauffage, Fétissov, le Russe (Bernard Marbaix), n'a pas ouvert la bouche depuis son admission. Un jour, pourtant, le colonel se met à parler, pour prendre la direction du «commando», qu'il va mener de l'indépendance politique et territoriale à l'exil à Strasbourg

Faisant preuve d'une généreuse forme physique jusqu'à des nudités masculines pas plus offensantes que réellement indispensables , la distribution est parfaitement à l'unisson d'un propos mené avec sa vigueur coutumière par Derek Goldby. Le metteur en scène a su conférer le grain de folie et la touche chorégraphique voire foraine à une pièce peut-être plus profonde qu'elle n'apparaît ici.

Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu'au 12 mai. Tél.: 02/649.17.27.

© La Libre Belgique 2001