"J’aurais voulu mourir naïf", sa première création en tant qu’auteur, voit le jour à la Maison de la culture de Tournai. Avant-propos.

"J’aime penser qu’il y eut un temps où nous étions tous étonnés devant le monde, à l’époque d’une enfance incertaine et pourtant inscrite profondément en nous. Un moment où nous étions naïfs au sens étymologique du terme - capables de nous émerveiller."

À lire les intentions de Thomas Coumans, on décèle l’ampleur de sa désillusion, mais aussi l’acuité de son regard, la nécessaire lucidité face au monde vu d’un point de vue d’adulte. Et le cynisme ? C’est, pour lui, ce en quoi se mue la naïveté première pour "accepter la douleur" du constat, digérer l’amertume du dépit.

Les limites du cynisme

Lui ayant paru "une clé d’analyse pertinente du capitalisme à notre époque", à même de questionner "nos contradictions d’occidentaux", le cynisme ne résout rien. "S’il permet une acceptation rationnelle des réalités, et offre un exutoire humoristique libérateur et joyeux, il légitime aussi un égoïsme et une indifférence sans limites, voire justifie une résignation mortifère et destructrice."

Alors ? Le cynisme a gagné du terrain, tout comme a grandi le sentiment d’impuissance de Thomas Coumans. "Et mon besoin d’être encore capable d’émerveillement n’en est devenu que plus vital", note l’acteur - qui au théâtre a travaillé entre autres avec Olivier Coyette ou Aurore Fattier, et au cinéma sous la direction notamment de Joachim Lafosse ou Alain Berliner.

Sorti de l’Insas en 2006, collaborateur régulier de la compagnie If Human, et actif dans le cadre du festival Les Rencontres inattendues, il crée à la Maison de la culture de Tournai son premier projet en tant qu’auteur.

Seul-en-scène schizophrène et polymorphe

Un "seul-en-scène schizophrène et polymorphe", voilà comment se profile J’aurais voulu mourir naïf. Où l’auteur et acteur, si lui seul paraît sur le plateau, est néanmoins très entouré. Le générique rassemble en effet, sous la coupole d’une mise en scène collective, une sacrée brochette d’artistes : Antoine Vilain (créateur lumière), Charlotte Marchal (créatrice image), Claudia Ribeiro (créatrice effets vidéos), Clément Thirion (arrangeur scénique), Édith Depaule (arrangeuse scénique), Ludovic Van Pachterbeke (créateur son et musique), Nadia Vermeulen (costumière, couturière scénographique), Nathalie Rjewsky (dramaturge, dialoguante), Tara Saclier D’Arquian (chorégraphe), Yves Coumans (scénographe, constructeur). S’y ajoutent les voix de Claire Beugnies et François Marthouret et la présence cinématographique d’Amalia Billard Rodriguez.

Funambulisme, flou et projections vont s’inviter dans la scénographie du spectacle, où un être se plonge dans le miroir du monde, se confronte au vertige et aux contradictions qui le taraudent, cherche le confluent de tous les déséquilibres pour lesquels, dit Thomas Coumans, il faut lutter jour après jour. "Et ainsi être fidèle aux sillages sensibles qui ont fondé mes premiers pas dans la vie tout en composant avec le réel sans que sa noirceur me submerge."

  • Tournai, Maison de la culture, les 23 et 24 octobre - 069.25.30.80 - www.maisonculturetournai.com 
  • En tournée: au Palace, Maison culturelle d’Ath le 8 novembre ; au Centre culturel de Huy le 13 novembre ; au Foyer socioculturel d’Antoing dans la saison 20-21