Auteur fascinant, traversant les siècles, William Shakespeare est autant étudié et joué dans les écoles de théâtre qu’il est porté à la scène. Comment toutefois faire souffler un vent nouveau sur cette œuvre devenue classique parmi les classiques  ? Nombreux sont les metteurs en scène et dramaturges à prendre le parti, et le risque, de l’adaptation. Souvenons-nous, récemment, d’Othello au Théâtre de Liège, mis en scène par Aurore Fattier et adapté par Sébastien Monfè, de Macbeth au Parc, par Georges Lini, ou encore, dès le 19 mars prochain, au Varia, de Macbeth orchestré par Michel Dezoteux.

Sur la scène du Jean Vilar, Emmanuel Deconinck s’attaque à un autre monstre sacré du répertoire shakespearien  : Hamlet. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que ça décoiffe sec  ! Pour donner chair, âme et énergie à sa pièce, il a fait appel à six comédiens, tous ayant des talents de chanteurs, musiciens et danseurs, ainsi qu’à un batteur (Fred Malempré). Et pour régler les arrangements dansés et musicaux, il s’est entouré des chorégraphes Bérengère Bodin et Émilie Guillaume et du directeur musical Sam Gerstmans.

Dès le début du spectacle, le “la” est donné  : côté jardin (à gauche), le plateau est occupé par les musiciens (et chanteurs), fil rouge rock tout au long de l’histoire ; au centre, un décor pivotant aux fenêtres habilement translucides fait office de chambre et de salon tantôt côté extérieur tantôt côté intérieur tandis que côté cour (à droite), une tour se fait tombe. Alors qu’il est en pleine étreinte avec sa bien-aimée Ophélie (Taïla Onraedt), le jeune prince Hamlet (Thomas Mustin alias le chanteur Mustii) apprend le décès tragique de son père. Triste et désemparé, il voit son oncle, Claudius (Fred Nyssen), frère du défunt Roi (Alain Eloy), épouser sa mère, la Reine, Gertrude (Bénédicte Chabot). Mais le spectre de son père le prévient  : “Hamlet, il va falloir que tu venges mon meurtre !”.

Face à cette révélation, tout se bouscule dans la tête et le cœur d’Hamlet  : en colère contre sa mère – “elle baise avec ce porc” – et fou de rage contre son oncle, qui a fomenté l’assassinat de son père, il rejette Ophélie et, traversé de doutes et de remords – “suis-je un lâche  ? Je suis là comme un glandu à ne rien faire” –, il imagine avec son ami Horatio (Jérémie Zagba) un stratagème pour dénoncer le coupable aux yeux de tous.

Prouesse et audace

Ultra-contemporaine tant par ses décors que ses costumes – soulignons l’intelligente scénographie d’Olivia Sprumont –, cette pièce réussit la grande prouesse de mêler la langue de Shakespeare à notre langage de tous les jours. Une audace qui pourrait s’avérer bien vite casse-pipe, mais qui, ici, de par un subtil équilibre et enchaînement des dialogues, fonctionne à merveille, sans pour autant dénaturer la trame de l’histoire originale  ! Entre musiques, chansons et chorégraphies enlevées, la tension, tragique, s’infiltre, même dans les silences ou les corps-à-corps plus intimes. Formidablement à l’aise sur scène, Thomas Mustin insuffle à son Hamlet, en proie à mille émotions et questionnements –  le fameux “Être ou ne pas être” –, tout son éclat, son charisme et sa présence, faisant de ce personnage créé au début du XVIIe siècle un jeune homme résolument de son temps.

Louvain-la-Neuve, Jean Vilar, jusqu’au 27/3. Infos et rés.  : 0800.25.325. - www.atjv.be. Puis à Wolubilis les 28 et 29/3 (www.wolubilis.be), le 1/4 à Nivelles et le 5/4 à la MC de Famenne-Ardenne