C’est avec une émotion toute palpable que le directeur du Théâtre royal du Parc, Thierry Debroux, a souhaité, jeudi soir, “après des mois de fermeture”, la bienvenue aux spectateurs, masqués et installés en bulle. Paralysé depuis mi-mars par l’épidémie de coronavirus, le Théâtre du Parc voit son horizon se dégager doucement, grâce, entre autres, à la possibilité de dérogation permettant d’accueillir (quand la taille de la salle le permet) au-delà de 200 spectateurs à raison d’un fauteuil laissé inoccupé entre chaque bulle.

Malgré cette éclaircie, salutaire pour les artistes et le public, la rentrée théâtrale a toutefois été bousculée pour nombre d’acteurs culturels. Le Théâtre du Parc a ainsi dû reporter son spectacle d’ouverture initialement programmé, Les Chevaliers de la table ronde. “Normalement, ce soir, il devrait y avoir vingt comédiens morts de trac derrière ce rideau de fer”, a tenu à saluer Thierry Debroux, sous les applaudissements nourris du public.

De cette brutale mise à l’arrêt de la marche du monde, Thierry Debroux, auteur et metteur en scène, en a tiré un spectacle, To play or not to play, inspiré de son vécu de directeur de théâtre confiné. Un texte imaginé cet été, qu’il a confié à deux comédiens talentueux : Othmane Moumen et Daniel Hanssens.

Un ami imaginaire

Rideau de fer baissé. Pleine lumière dans la salle. Une silhouette fait son entrée… Un médecin de peste… En notes de fond, Les mots bleus de Christophe, décédé des suites du Covid en avril dernier. Le décor est planté : nous sommes en plein confinement.

Profondément endormi dans son canapé, Sam (Daniel Hanssens), directeur cloîtré dans son théâtre, est tiré de son sommeil par la sonnerie de son téléphone portable. C’est l’une de ses filles. “Qu’est-ce que tu vas faire ?”, l’interroge-t-elle. “Compter les spectateurs que je peux mettre dans ma salle avec 1m50 de distance”, lui répond-il, inquiet et désespéré. On tambourine dans le frigidaire. Sam ouvre la porte. En sort un aviateur (Othmane Moumen) : “C’est pas trop tôt ! On se les gèle là-dedans !... Eh ! Pas mal, ta piaule !”

Insouciant, rêveur, hédoniste, cet “ami imaginaire” va faire retrouver à Sam son âme d’enfant, celle où, malgré l’adversité, tous les désirs et plaisirs demeurent accessibles, même les plus fous. Comme monter Hamlet de Shakespeare en plein lockdown. Mais qu’à cela ne tienne ! Sam interprétera Hamlet, seul sur scène, et sera entouré des autres comédiens en visioconférence.

“The show must go on”

Par le prisme de cette complicité attachante entre Sam et son Jiminy Cricket, Thierry Debroux épingle avec un humour doux-amer les stigmates du confinement : la distanciation physique qui régit désormais tout rapport humain ; nos comportements grégaires (ruée sur le papier WC) ; l’isolement des aînés en maison de retraite ; l’abandon des artistes face à des avions bondés ;…, le tout teinté de poésie (grâce, notamment, aux jeux de lumière), d’espoir et de détermination. The show must go on, comme l’entonne Othmane Moumen en imitant Freddie Mercury à nul autre pareil.

Bruxelles, Théâtre du Parc, jusqu’au 24 octobre. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be