La Clinic Orgasm Society continue de pulvériser les codes. Entre le trop-plein et le vide. Nouvelle création au Varia.

"Iels avaient senti qu’iels devaient fuir la société avant qu’elle ne les rejette." Une voix off, enfantine, plante le décor. Où la question du genre et de sa déconstruction, présentée à l’origine comme le sujet de Ton joli rouge-gorge, s’est muée en préambule. L’histoire, indique la voix, se passe bien longtemps après la "Révolution des Couleurs" qui mit un terme non seulement aux inégalités mais à la distinction entre "les roses et les bleus".

Mathylde Demarez et Ludovic Barth, concepteurs de ce nouveau spectacle créé au Varia, en définissent le terrain de jeu comme non binaire – débarrassé de cette construction culturelle basée sur le genre et imprégnant toutes les fibres de la société, jusqu’au langage. Celui-ci sera donc inclusif, avec ses prénoms neutres notamment, et pour personnages une bande d’adolescent.e.s dégenré.e.s et un robot humanoïde en expédition dans un camping désaffecté.

Sylvestre échappée, assemblage hétéroclite

Mais cette sylvestre et joyeuse échappée est parasitée, causée même, par un mal mystérieux et dégénératif, le "syndrome de la pieuvre" qui les fait tour à tour sortir de leur identité présente pour vomir des propos violemment homophobes et stupidement sexistes, comme ressurgis d’un passé qu’ils n’ont même pas connu. 

Si le sujet originel se condense dans le cadre, à quoi laisse-t-il place ? Truffée d’éléments hétéroclites – un assemblage d’esthétiques et de références qui vont de la BD aux teen movies en passant par Shakespeare et les films d’horreur –, avec un travail à la fois outré et subtil sur les costumes (80s revisitées X fluidité des genres), cette "farce tragique rétro-futuriste" gravite autour d’un vide paradoxal. Peut-être délibéré, significativement déconcertant (certes accentué par un problème technique lors de la première), il a pour effet secondaire centrifuge que ce champ offert à l’imaginaire risque de le perdre. 

Jules (Gwen Berrou), Braun (Adrien Desbons), Mich (Yoann Blanc) et Dom (Mathylde Demarez) autour du feu de camp. © Alice Piemme

Restent le jeu savamment clownesque d’un Yoann Blanc aussi désopilant qu’inquiétant, la désinvolture subtilement maîtrisée de Gwen Berrou, la tendresse bourrue qu’incarne Benoît Gob. Outre le rôle dédoublé de Ludovic Barth et Mathylde Demarez, et le rôdeur oiseau-chasseur de Christel Olislagers, le personnage le plus complexe en somme, le plus "écrit", le plus touchant aussi, est celui de Braun (Adrien Desbons), le robot en qui, par-delà le genre, se cristallisent les normes et se court-circuitent les codes, matière dont se joue obstinément la Clinic Orgasm Society depuis le séminal et débridé J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie.

  • Bruxelles, Varia, jusqu’au 1er février. Durée : 1h35. Infos, rés. : 02.640.35.50 - www.varia.be 
  • Et à Namur du 18 au 22 février - 081.226.026 - www.theatredenamur.be