Christine Delmotte passe en revue les combats féministes dans un spectacle multiple.  Critique.

"Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler !" Long et exclamatif, le titre de la nouvelle pièce de Biloxi 48 coproduite par Théâtre en Liberté annonce un propos qui évoque l’héritage des luttes passées et leur irréductible actualité. Emprunté à la pancarte d’une manifestante, ce slogan "paraît très juste et, dit Christine Delmotte, pourrait être revendiqué par tous les personnages du spectacle" - portés avec générosité par Sophie Barbi, Daphné D’Heur, Isabelle De Beir, Catherine Decrolier et Mathilde Rault.

Valse en quatre temps

S’il évoque la lointaine et sinistre Inquisition, le titre ouvre sur un présent où ne brillent que peu d’éclaircies. Fruit d’un long processus d’écriture, la proposition scénique éclose dans la petite salle des Martyrs, elle, balaie quatre périodes clefs de l’histoire des femmes. Quatre épisodes "trop peu connus" dont Christine Delmotte a fait la trame de sa création. A commencer par les suffragettes anglaises qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, réclament le droit de vote pour les femmes. Dans le sillage d’Emmeline Pankhurst et de son Union sociale et féministe, la lutte pour les droits des femmes en Angleterre prend de l’ampleur et se radicalise, en même temps que lui répond une opposition des forces de l’ordre qui relève parfois de la torture. L’occasion de rappeler qu’en Belgique les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en… 1948.


"Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme !" En 1970, une gerbe lui est déposée sous l’Arc de Triomphe, à Paris. Un autre geste fort sera la publication par "Le Nouvel Obs" du "Manifeste des 343 salopes", symbolique lui aussi de la campagne menée alors, en France, par le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, avec l’instauration des premiers auto-examens gynécologiques entre femmes.

© Lorenzo Chiandotto

"Nous sommes les petites-filles…" épingle avec force et tendresse le combat de Malala Yousafzai, jeune fille pakistanaise se dressant, contre les talibans, pour le droit des filles à l’instruction - et prix Nobel de la paix en 2014.

La dictature politique et religieuse et l’ultralibéralisme économique sont les cibles des Femen, groupe constitué en Ukraine, en lutte tous azimuts et en soutien aux membres des Pussy Riot poursuivies pour leur prière punk contre Poutine.

Tableau composite

Le ponctuant d’une projection vers les combats de demain (genres et parentalité), Christine Delmotte signe ici un spectacle composite, un tableau vivant qui oscille entre récit distancié et reproduction incarnée, usant du son et de la vidéo, du chant aussi, pour traverser ces moments historiques.

© Lorenzo Chiandotto

Disparate à première vue, l’ensemble pourrait sembler résulter d’un non-choix. On y lit plutôt la nette volonté didactique de la metteuse en scène qui, dans cette mise en chair, s’adresse à toutes les générations, y compris aux grands adolescents. On revoit ainsi ses classiques, voire on apprend des détails, on remet en perspective une lutte dont les raisons d’exister sont loin d’être éteintes.


Bruxelles, Martyrs (studio), jusqu’au 10 décembre, à 20h15 (mardi et samedi à 19h, dimanches 20/11 et 4/12 à 16h). Durée: 1h25. De 10 à 19 €. Infos & rés.: 02.223.32.08, www.theatre-martyrs.be

Rencontre Amnesty International samedi 19/11. Avec Dominique Mussche, Maryse Hendrix (A.I.), Hafida Bachir (Vie féminine) et l’équipe du spectacle.