Trois couples, un bébé, une camionnette, un pique-nique dans la forêt, entre amis. Les personnages que décrit le guitariste-narrateur (François Delvoye, du groupe pop folk BaliMurphy) sont des citadins - des amoureux, des ex, un frère et une sœur - très attachés aux apparences, très bien élevés, très cinglants, sinon cruels.

Ainsi "La fête", première partie de la pièce del’auteure allemande Anja Hilling, a-t-elle des allures de sitcom cynique. Avec la nuit - que Paul (Laurent Capelluto) et Miranda (Nargis Benamor), Jennifer (France Bastoen) et Flynn (Julien Lemonnier), Oskar (Itsik Elbaz) et Martin (Serge Demoulin) ont prévu de passer à la belle étoile - viendra la tragédie : "Le feu".



"La nécessaire confrontation au chaos"

Plus qu’un retournement de situation - de la comédie acerbe au scénario catastrophe -, c’est une plongée au plus profond de l’âme en même temps qu’une dissection de l’humain confronté au pire que développe sous son titre irrésistible "Tristesse animal noir". Un texte "plus que fort : saisissant", note le metteur en scène. "Une beauté rare. Une originalité troublante. Plus que troublante : un effroi."

Georges Lini, qui signait récemment un Shakespeare vénéneux, au Parc, se frotte ici à ce qu’il décrit comme "une émotion lumineuse et âpre". L’œuvre le porte à creuser sa recherche autour du tragique :"la nécessaire confrontation au chaos, notre monstrueuse humanité".

Ce nouveau spectacle de sa Cie Belle de Nuit (en coproduction avec le Public et l’ATJV) explore avec une fascination manifeste la forme inédite, radicale de la pièce, avec ses dialogues ciselés, aux angles vifs, ses didascalies exposées, tout autant que ses longues descriptions qui, elles, relèvent de la prose poétique.

Images mentales sur page blanche

Le blanc - sol et paroi - choisi par Renata Gorka pour la scénographie est la page vierge où vont se projeter toutes les images mentales jaillies de l’écriture d’Anja Hilling.

Un paysage multiple, complexe, métaphorique et terriblement concret, où se bousculent nos habitudes consuméristes, notre rapport quotidien, par médias interposés, à la catastrophe, notre capacité d’empathie, la vacuité des mots autant que leur force, et le pouvoir de l’art à transcender l’horreur. Comme celui du feu qui réchauffe, ravage et purifie.

Bruxelles, Le Public (grande salle), jusqu’au 30 avril, à 20h30 (relâche du 29/3 au 9/4 ; représentation en audiodescription le 23/4). Durée : deux heures env. De 8 à 25 €. Infos&rés. : 0800.944.44, www.theatrelepublic.be

"Tristesse animal noir" (traduction de Silvia Berutti-Ronelt) est publié avec "Mousson" aux Éditions Théâtrales, 2011.