Atmosphère surannée, ambiance salon boudoir et réelles acrobaties. A découvrir à Wolubilis.

Dans un salon fumoir années trente, entièrement black and white, avec son papier peint fleuri noir et blanc lui aussi, ses commodes, son bureau, son canapé, quatre artistes presque improbables, en redingote lignée, robe de mariée et tenue de livrée, se meuvent et s’échangent des bribes de paroles entre deux ronds de cigare. Une atmosphère très British enrobée de quelques notes de piano tandis que de l’autre côté de la scène, un phonographe s’apprête à glisser ses premiers accords de jazz.

Un rythme plus soutenu s’installe ensuite, des portes aux gifles qui claquent dans un humour clownesque à la Charlie Chaplin. Aux murs, des tableaux qui s’inspirent d’œuvres réelles mais qui représentent en réalité les principaux protagonistes dont les positions évoluent au fil de la représentation. Tout semble tourner autour de Miss Betty, alias Lolita, cette blonde platine sulfureuse, veuve joyeuse soucieuse d’empoisonner ses maris à venir ou de leur faire avaler son filtre d’amour. Chacun interprétera à sa guise.

Cinématographique

Du cirque comme celui-là, si proche de l’univers cinématographique et théâtral, à l’esthétique soignée et décalée, on en a, il est vrai, rarement vu, malgré l’influence indéniable des "Sept doigts de la main", cette compagnie québécoise réputée, dont viennent trois des quatre acrobates. Et l’on reste fasciné par tout ce qu’il y a à voir, à regarder, à admirer durant cette première partie de "The Elephant in the room". L’esthétique, cependant, ne suffit pas à faire un bon spectacle et l’ennui risque soudain de poindre son nez dans cette première création de la Compagnie Le Roux au moment où, ô joie, le spectacle reprend son souffle, change d’univers tout en restant dans la continuité, laisse place aux couleurs mordorées et orangées, oublie les paroles, multiplie les acrobaties, les main à main, acroportés et deux ou trois sauts périlleux maîtrisés pour habiter complètement l’espace, sur fond de grands standards de la musique classique, dont l’enlevé Rossini. Se racontent ici aussi les relations des uns avec les autres.

Claquettes

La danse s’invite ensuite à la fête, des claquettes à la Fred Astaire - un très beau moment - aux contorsions plus techno sous une pluie de lampes tombées du ciel et arrêtées net dans leur course à quelques centimètres du sol. L’univers pictural se transforme. Dynosis suivi du peintre Arcimboldo arrivent sans crier gare. Et les costumes, telle cette robe épatante portée avec grâce par l’affolante Miss Betty, subjuguent. L’ensemble pourrait sembler plus confus, incohérent. Il n’en est rien. La dynamique fonctionne, le rythme et le décor visuels restent très soignés et le second degré est omniprésent dans cet "Elephant in the room", une expression anglaise utilisée pour signaler qu’il y a un sujet tabou, dont personne ne parle et qui pourtant occupe bien sûr tout l’espace. De quoi s’agit-il ? A vous de le découvrir, à la manière de Cluedo.

Bruxelles, les 25 et 26 mars à Wolubilis. Durée : 1h15. Dès 9 ans. Infos : 027.61.60.30 ou www.wolubilis.be