Le spectacle d'Antoine Defoort inaugure, aux Tanneurs, le focus "On a préparé des spectacles" sur l'Amicale de production : 3 projets, 3 lieux, 3 semaines. Prochaines étapes au Beursschouwburg et au Varia. 

Antoine Defoort, dit sa notice biographique, “c’est quelqu’un, pas plus artiste que vous et moi, qui essaie de maintenir une bonne ambiance et un taux de porosité élevé entre ses lubies de saison, la vie, la vraie, et l’art contemporain”.

Antoine Defoort, donc, commence par nous parler de son goût particulier pour “Les Parapluies de Cherbourg”, qu’on confond trop souvent avec “Les Demoiselles de Rochefort” : bien que tous deux de Jacques Demy (et mis en musique par Michel Legrand), les films n’ont que peu en commun. Les ayants droit ne l’ayant pas autorisé à en faire un spectacle, le performeur y voit l’occasion de se tourner vers un autre projet. Un projet ? Plutôt une “randonnée conceptuelle” dans le “massif des droits d’auteur, nimbé d’un épais brouillard juridique”.


Graphique en cartons et ligne du temps

Sur le plateau, un pupitre, une série de boîtes en carton – qui feront efficacement office de graphique –, un fil tendu en hauteur bientôt transformé en ligne du temps. Car Antoine Defoort va bel et bien entraîner le public sur la piste, historique d’abord, de ce sujet toujours actuel. Nous voici au siècle des Lumières, avec son grand chamboulement philosophique et Diderot dont le mécontentement va trouver un certain écho chez ses contemporains.

Quelques longueurs ne grèvent guère l’intérêt de cette performance didactique nous rappelant que toute œuvre, pour être protégée, doit présenter au moins “Un faible degré d’originalité”. D’exemples en digressions, on se rafraîchit la mémoire sur le droit moral et le droit patrimonial. On mesure la distance par exemple entre Maurice Ravel, auteur du célébrissime “Boléro”, et ceux qui se partagèrent le butin. On révise, schématiquement mais avec à propos, les grandes révolutions médiatiques, y compris celle où nous sommes présentement engouffrés.

© Simon Gosselin

Avec ses pertinentes questions – la propriété intellectuelle, la rémunération des créateurs – et sa forme aussi audacieuse que rigoureusement “pauvre”, cette roborative performance-conférence-randonnée inaugure le focus “On a préparé des spectacles” qui, en 3 projets, 3 lieux et 3 semaines, met en lumière le travail évolutif de l’Amicale de production, moins compagnie ou même collectif que coopérative. 

Trois maisons, diversement liées à cette structure depuis cinq ans, se liguent ici afin de lui donner, ensemble, une nouvelle visibilité. Aux Tanneurs, lieu du lancement, sont ainsi associés le Beursschouwburg (pour un triptyque de conférences performées par Julien Fournet : “Amis, il faut faire une pause”) et le Varia, où Antoine Defoort et Halory Goerger reprennent l’intelligent et désopilant “Germinal”.


“On a préparé des spectacles”, focus sur l’Amicale de production, Bruxelles.

“Un faible degré d’originalité”, Tanneurs, jusqu’au 26 novembre (02.512.17.84 – www.lestanneurs.be).

“Amis, il faut faire une pause”, Beursschouwburg, entre le 25 novembre et le 8 décembre (02.550.03.50 – www.beursschouwburg.be).

“Germinal”, Varia, du 7 au 10 décembre (02.640.35.50 – www.varia.be)