Scènes

Retour sur le 13e Festival TransAmériques, son bilan, son engagement pour le développement durable. Le point avec David Lavoie, directeur administratif du FTA.

Depuis une dizaine d’années, le Festival TransAmériques est de ceux qui ont mis en service les ecocups , ces fameux gobelets en plastique consignés (2 dollars remboursés au retour du récipient). Un geste moins anodin qu’il n’y paraît si l’on considère, aujourd’hui encore, les innombrables contenants à usage unique utilisés et jetés par jour dans, mettons, une entreprise lambda.

Outre cette bonne pratique acquise de longue date, le FTA en a adopté d’autres, bannissant les bouteilles d’eau de son quartier général (des fontaines mécaniques proposent de l'eau du robinet en libre service, tandis que l'usage de la gourde est extrêmement répandu dans la métropole) et y proposant une carte - nourriture et boissons - locale.

Il s’agit là d’une politique volontariste, explique David Lavoie, codirecteur général et directeur administratif du festival. "Lorsqu’on a adopté, en 2017, notre plan directeur jusqu’en 2021, l’écoresponsabilité n’apparaissait pas parmi les 11 points essentiels." Le FTA avait cependant amorcé déjà une réflexion à ce sujet, à la faveur notamment d’instances comme Tourisme Montréal.

En 2018, le FTA présentait "Oblivion", interpellante performance-installation de l'artiste belge Sarah Vanhee, sur base de tous les déchets (y compris numériques) produits, collectés, archivés sur une année.
En 2018, le FTA présentait "Oblivion", interpellante performance-installation de l'artiste belge Sarah Vanhee, sur base de tous les déchets (y compris numériques) produits, collectés, archivés sur une année. © Phile Deprez

Approvisionnement local, recyclage et carboneutralité

Plus récemment, le festival s'est mis en contact avec le Conseil québécois des événements écoresponsables. "Le CQEER a développé deux certifications, une pour les festivals et événements, l’autre pour les salles de spectacles, validées par le Bureau des normes du Québec."

Sur les cinq mesures cadrées par le CQEER, le FTA s’engage aux trois points qui lui semblent pertinents et tenables quant à son activité. Approvisionnement local et recyclage au programme, donc. Mais, festival international oblige, "le plus signifiant qu’on puisse faire , poursuit David Lavoie, était de défrayer les crédits carbone pour les activités internationales qu’on génère : l’accueil des artistes et les déplacements de la direction artistique" . Pour ce faire, le festival travaille avec l’organisme Planetair, qui calcule l'empreinte écologique (des particuliers, des entreprises...) et propose une compensation via la vente de crédits-carbone, avec en l'occurrence le financement d'un projet de reforestation à Montréal.

Dans son bilan 2019 (lire ci-dessous), le FTA annonce 110 tonnes de CO2 neutralisés grâce à son Fonds écoresponsable.

Un rôle d’influence

Considérant ce type d’engagement comme important tant sur le fond – la conviction – que sur la forme – l’image que revoie le festival –, celui-ci a en outre "mis en place la possibilité pour les spectateurs de faire un don d’un dollar par billet pour soutenir l’achat de crédits-carbone" . Une initiative tardive dans l’organisation générale de l'édition 2019 : les programmes étaient sortis de presse, les forfaits déjà mis en vente. La communication à ce sujet ne s’est donc faite que par le portail web et par téléphone lors de la réservation. Avec un succès très encourageant, témoignant de l’intérêt du public et de son engagement pour de telles mesures.

© Maude Chauvin

En l’absence jusqu’ici de cadre coercitif établi par les pouvoirs publics, le FTA a cependant "un rôle d’influence à jouer si on est des précurseurs, dans notre milieu, de ces initiatives-là" .

En 2017, l’environnement était absent du plan directeur du FTA. "Le bilan à mi-parcours conclut en identifiant les 5 priorités stratégiques. Concevoir et mettre en œuvre un plan de développement durable et de gestion écoresponsable incluant l’obtention d’une certification arrive en 2e position. Notre position aujourd’hui résulte d’une prise de conscience globale, relève David Lavoie. Être actif là-dessus, collectivement, en équipe, c’est être en accord avec nous-mêmes. Et être bien perçus par notre public, nos partenaires. Ça nous permet d’avancer."




Sortir de soi

Du 22 mai au 4 juin à Montréal, le 13e Festival TransAmériques a accueilli un public en hausse, et rempli ses salles à 93 %. Si les chiffres ne font pas tout, ceux-ci disent assez l’appétit des festivaliers pour la singularité – extrême parfois – et la diversité des univers proposés, tant dans les territoires (23 spectacles issus de 11 pays, de l’Afrique du Sud à la Pologne, du Burkina Faso à la Corée, du Canada à l’Iran) que dans les esthétiques et thématiques.
Ainsi, verbe, corps, présence, mouvement ont-ils porté des sujets sensibles, forts, essentiels. Deuil et résilience, genre et pulsion de vie, rituel et politique – dont la cruciale question des Premières Nations, soulevée dans Constituons de Christian Lapointe mais aussi intensément vécue et livrée dans l’installation This time will be different de Lara Kramer et Émilie Monnet .
Avec divers terrains de jeux (rencontres, conférences, ateliers, fêtes…), l’espace public est aussi, pour le festival, une manière de “Sortir de soi”, son thème de l’année. En regroupant près de 10 000 personnes sur la place des Festivals pour Innervision de Martin Messier, le FTA a fait une nouvelle fois la preuve que l’exigence artistique est tout le contraire d’une clause d’exclusion : un vecteur de réflexion sur l’humain et le monde, une échappatoire à la sclérose des habitudes, une célébration du plaisir d’être soi parmi les autres.