Comment, aujourd’hui, monter un chef-d’œuvre classique tel que Macbeth (1606) de Shakespeare, qui a été déjà repris maintes et maintes fois ? Tragédie universelle, Macbeth ne cesse, en effet, de faire écho aux époques qu’elle traverse, inspirant réalisateurs, compositeurs, metteurs en scène, peintres,… Preuve en est, début 2019, à quelques mois d’intervalle, Georges Lini et Michel Dezoteux l’avaient revisité, respectivement au Théâtre du Parc et au Varia. Cette année, c’est Guy Theunissen, comédien, auteur, metteur en scène et codirecteur de la compagnie La Maison Éphémère, qui en offre sa propre lecture, avec Un Macbeth “multiculturel et actuel”, décrit-il.

Et de fait. Plongé dans l’obscurité, le public voit trois silhouettes se dessiner dans une brume sur le plateau. En arrière-plan, sur un immense écran, on devine les restes d’une usine désaffectée. Trois silhouettes, trois sorcières, aux traits bien particuliers : l’une est une prostituée (magnétique et féline Anne Schmitz), l’autre, une marginale (intrigante Caroline Donnelly), et la troisième, un travesti (bluffant Hippolyte Bohouo). Pour rehausser cette atmosphère ténébreuse et fantasmagorique, elles glissent sur la scène, déclamant en anglais des vers du texte de Shakespeare. C’est à ce moment-là que Macbeth (Denis M’punga) et son fidèle ami Banquo (Fabrice Rodriguez), généraux du roi Duncan (David Ilunga), les croisent sur leur route. Ils rentrent au pays, l’Écosse, victorieux d’une campagne contre les rebelles. Les deux hommes entendent alors les sorcières leur présager ce qui scellera leur sort à jamais : Macbeth deviendra roi tandis que Banquo aura une descendance royale sans jamais le devenir.

Ayant retrouvé son épouse, Lady Macbeth (Anne-Pascale Clairembourg), Macbeth ne peut chasser de son esprit la prophétie des sorcières. Avide de pouvoir et exhorté par sa femme, il s’enfonce dans une folie meurtrière. Qui les plongera tous deux, dévorés par la culpabilité, dans la paranoïa jusqu’à la tombe.

Impitoyable Lady Macbeth

Grand artisan de liens entre l’Afrique subsaharienne et la Belgique, Guy Theunissen met en scène des comédiens – excellents ! – aux profils et origines multiples. Son Macbeth prend une saveur toute particulière, qui pourra en déconcerter d’aucuns, en l’imprégnant de codes (vestimentaires, décoratifs,…), musiques, danses et chants africains. Une bouffée d’air frais et poétique dans cette pièce (qui souffre de quelques longueurs) au propos lourd, dont l’interprétation est rehaussée par une scénographie magnifique signée Michel Suppes. Soulignons les prestations de Denis M’punga en Macbeth valeureux mais faible et couard, fou amoureux de sa femme mais totalement sous son emprise dévastatrice ainsi que d’Anne-Pascale Clairembourg en Lady Macbeth fière, impitoyable, presque démoniaque, et instigatrice du pire.

Inventif et à l’écoute du monde, Guy Theunissen a également eu l’ingénieuse idée de faire intervenir dans la pièce deux personnages féminins, deux servantes, pétillantes, Virga (Virginie Pierre) et Dora (Doris Meli, fabuleuse chanteuse), qui, fils rouges de la pièce, commentent les événements au travers de leur regard de femme. Ou comment revisiter un classique, vous disait-on…

Louvain-la-Neuve, Jean Vilar, jusqu’au 21 février. Infos et rés. au 0800.25.325 ou sur www.atjv.be. Puis au Théâtre de Liège du 3 au 6 mars (04.342.00.00 - www.theatredeliege.be)