La danse pleine de grâce et d’humour d’Ambra Senatore et le choc de Lettres à Nour: à nouveau de beaux moments.

La danse contemporaine peut être pleine d’humour et de grâce à la fois, une heure de bonheur et de fraîcheur prise à la chaleur de l’été avignonnais.

L’italienne Ambra Senatore dirige le Centre chorégraphique national de Nantes et présentait à Avignon, « Scena madre ». Sept excellents danseurs sont sur scène, dans des costumes variés et très beaux. Le principe est d’apparence simple: ils esquissent sans cesse des mouvements comme des débuts d’histoires qu’ils laissent en suspens: des rencontres en rue, un sursaut en découvrant un lézard, la peur devant une apparition, etc. Mille et une micro-scènes qui s’enchaînent à un rythme fou.

En arts plastiques, le peintre Robert Devriendt fait de même avec ses tout petits tableaux hyper réalistes montrant une scène, à charge pour nous d’imaginer l’histoire qui l’entoure. Cela peut être une chaussure de femme oubliée dans un bois ou un chien dans la pénombre.

Sur cette idées, les saynètes s’enchaînent et se reproduisent, tandis qu’au fond de la scène, on pèle des patates ! C’est un bonheur de les voir danser ainsi avec une musique fonctionnant sur le même système : des bribes qu’on reconnaît avec plaisir mais qui changent vite. Des fragments de vie, de dialogues, de peurs et de joies, d’unisson parfois.


Charles Berling et Lou De Laâge

Un bonheur d’un tout autre type, grave et bouleversant cette fois, a ému les spectateurs venus mercredi dans le jardin du musée Calvet pour les lectures de France Culture. C’est une belle coutume d’Avignon d’organiser ainsi ces midis, gratuits, où on peut écouter des textes de Toni Negri, David Grossman ou Eri De Luca assis sous les grands platanes. Il y a même des transats.

Mercredi, la foule (car ces rendez-vous sont très courus) était venue écouter « Lettres à Nour » écrites par l’islamologue et chercheur franco-marocain Rachid Benzine. Les échanges entre un père, intellectuel musulman pratiquant, vivant sa religion comme un message de paix et d’amour, et sa fille partie en Irak rejoindre l’homme qu’elle a épousé en secret et qui est un lieutenant de Daesh. Peu à peu le dialogue qui interroge les vraies valeurs de l’Islam, devient un drame déchirant.

Ces lettres magnifiques furent déjà lues en janvier, au Théâtre de Liège qui est à l’origine du projet, et elles reviendront au KVS en français, en décembre. Il ne faut pas les rater.

A Avignon, les lettres étaient lues par Charles Berling et Lou De Laâge, parvenant tous deux à donner à ce dialogue une interprétation universelle où il est tout autant question d’islam et de djihad que du rapport entre tout père et toute fille.


Py divise

Arrivé presque au milieu déjà de ce festival, le bilan dans le « In » d’Avignon 2017 est particulièrement bon.

Il y eut de belles découvertes comme l’ « Antigone » de Satoshi Miyagi, « Unwanted » de Dorothée Munyaneza, « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble, « Saigon » de Caroline Guiela Ngyen, « Scena madre » d’Ambra Senatore, les lectures de textes choisis par Christiane Taubira. Il y eut aussi la confirmation du talent de Guy Cassiers (avec « Le sec et l’humide »), de Lemi Ponifasio (« Sanding in Time »), de Tiago Rodrigues (« Sopro ») et de Frank Castorf malgré ses outrances et son hystérie (« Le cabale des dévots »).

Tout ne fut pas de cette qualité certes, et nous n’avons pas évoqué d’autres spectacles, ratés ceux-là. Nous n’avons pas parlé non plus, car nous ne l’avons pas vu, des « Parisiens » d’Oliver Py, très longue pièce qui, pour le moins, divise la critique française. Son spectacle fut pulvérisé, descendu en flammes comme on l’a rarement lu, par Le Figaro, par Le Monde et par La Croix mais plutôt défendu par Libération et Télérama.

Nous n’avons pas vu non plus « Ramona », le spectacle de marionnettes enchanteur de Rezo Gabriadze, le magicien de 80 ans, venu de Géorgie, et qui, lui, fait l’unanimité dans l’éloge.