Yves Beaunesne orchestre avec adresse les registres entrelacés par Victor Hugo. Cette semaine à Liège.

Juillet 2019. Alors que le Festival d’Avignon bat son plein, se profile une échappée, une parenthèse. Le château de Grignan – où Madame de Sévigné venait rendre visite à sa fille, et dont la terrasse offre sur la Drôme provençale une vue enchanteresse – accueille depuis plus de trente ans les Fêtes nocturnes, événement estival qui voit un metteur en scène investir le lieu.

Le voici transformé en Cour d’Espagne pour servir d’écrin et de décor, sous le ciel d’été, à Ruy Blas, l’une des pièces maîtresses de Victor Hugo, publiée en 1838. L’action se déroule à la fin du XVIIe siècle. Ministre déchu par la Reine d’Espagne (Noémie Gantier, alliant à ravir posture altière et potentiel comique), Don Salluste (Thierry Bosc, visage fort du théâtre comme du cinéma) ourdit sa vengeance : il fait passer pour son cousin Don César (Jean-Christophe Quenon) son valet Ruy Blas (François Deblock) qui, épris de justice pour le peuple, s’éprend tout autant de la Reine, qu’il séduit par sa loyauté. Mais le piège de Don Salluste se refermera sur leur impossible amour.

"Ô ministres intègres !"

Pas moins de dix comédiens (dont "notre" toujours piquant Guy Pion, ici en Don Guritan, également amoureux de la Reine et qui provoquera son rival en duel) et deux musiciennes habitent la mise en scène d’Yves Beaunesne. Avec pour toile de fond l’élégante façade du château, et une scénographie sobre et astucieuse (Damien Caille-Perret), Ruy Blas s’affirme ici dans ses multiples dimensions : satire politique, tragédie sociale, mélodrame romantique, comédie échevelée aux accents vaudevillesques. Le tout porté par la musicalité de l’alexandrin, et la musique tout court, qui s’invite dans le spectacle avec finesse et prestance.


Belge d’origine, actuel directeur de la Comédie Poitou-Charentes, et dont le Théâtre de Liège présente régulièrement le travail, Yves Beaunesne se mesure de longue date au plus illustre répertoire (de Musset à Claudel, de Wedekind à Ibsen, de Maeterlinck à Shakespeare, de Mozart à Schiller).

Sa vision d’Hugo – "si proche de nous dans sa sensibilité aux désordres du monde" – ravive, à la faveur d’un classicisme finement revisité, le goût du théâtre, sa splendeur formelle, sa puissance ludique, et la force de son propos, où un homme du peuple, intègre "ver de terre amoureux d’une étoile", succombe à la tyrannie des puissants.

Liège, Théâtre, du 12 au 15 novembre. Infos : 04.342.00.00 ou www.theatredeliege.be.