Toute la question, posée avec acuité par Joyce Carol Oates, est là. Que et surtout qui devient-on lorsqu’on a été abandonné par une mère qui se débarrasse de vous dans le casier d’une consigne du terminus d’autobus à New York ? Passionnée par les tueurs en série, l’auteure américaine de renom se glisse avec intelligence et nuance dans la peau de Bobbie Gotteson. A moins qu’il ne s’agisse de Charles Manson…

Ce court récit est en effet paru en 1976, quelques années après l’assassinat de Sharon Tate, la jeune épouse de Roman Polanski. Toujours est-il qu’à moins de 40 ans, l’enfant sauvage aura déjà accumulé 17 ans de prison. Surnommé singe-araignée car il escaladait les murs des maisons pour s’introduire chez ses victimes, il se présente au public avant d’être jugé et l’invite à le suivre dans les méandres d’une pensée cynique et confuse, sur le fil, toujours, de la normalité, en suivant sa progression d’états mentaux. En écho, résonnent sans cesse les voix de ses gardiens, des juges, des autres…

Gros flic irlandais

Seul sur un plateau presque nu, encadré d’une structure métallique, le comédien Alexis Goslain joue, de temps à autre, avec une barre qui évoque l’ouverture ou la fermeture des portes de prison, puis grimpe sur sa structure en gestes simiesques.

Au fil d’un récit touffu, qui manque parfois de respiration - et qui est sans doute plus aisé à lire qu’à entendre -, celui qui est aussi assassin, chanteur, acteur, poète, musicien et compositeur nous fait rencontrer un pédopsychiatre narcissique, un dentiste tortionnaire, un gros flic irlandais, un procureur enragé…

On le suivra aussi, au cours de ce road movie criminel, jusqu’au Colorado, prêt à plonger sur sa nouvelle proie, une fillette jouant avec une poupée nue.

Entre les coups, les crimes, quelques passages derrière les barreaux ponctués par la maltraitance de policiers qui n’ont pas de pitié pour ce gamin de quatorze ans, "laid comme un singe" qui finira "impliqué dans un meurtre".

Mis en scène par Marie-Line Lefebvre, Alexis Goslain signe une belle prestation, un peu académique cependant pour un texte dense et complexe qui aurait peut-être gagné à être plus distancié.

Louvain-la-Neuve, Théâtre Blocry, jusqu’au 6 décembre, à 20h30. Infos & rés. : 0800.25.325, www.atjv.be