Scènes

L’édition 2015 du Kunstenfestivaldesarts s’est terminée ce week-end par « Gala », la nouvelle création de Jérôme Bel. Une belle fin dans le rire et la tendresse humaine. On sait comment le chorégraphe français décortique le spectacle vivant, le ramenant à son essence, avec un humour décapant. Ici, il crée un « Gala » comme dans les fêtes de patronage, avec un rassemblement d’amateurs (et quelques beaux danseurs professionnels mêlés). Un mélange a priori anti-esthétique de très jeunes et de sexagénaires, de « danseurs » forcément maladroits, loin des canons esthétiques.

Exhibitionnisme ? Nullement car, peu à peu, cette vingtaine de danseurs nous touche profondément et nous fait rire. S’ils sont totalement décalés dans le ballet classique et la valse, ils se lâchent dans les danses plus « pop » qu’ils aiment et dans lesquelles ils s’entraînent l’un l’autre.

Et Jérôme Bel, avec ses idées, ses consignes et son sens de la scène, a la manière pour transformer un bricolage en spectacle acclamé par un public debout.

Il fera un tournée européenne avec « Gala », recrutant à chaque fois d’autres amateurs qui auront à peine le temps de répéter un petit peu.

Son idée est que l’émotion d’une danse, peut passer même avec des amateurs, loin du « bien faire ». Pina Bausch l’avait démontré de manière formidable avec les versions de son spectacle culte « Kontakthof » joué une fois par des plus de 60 ans et une autre fois par de jeunes adolescents. Les grands sentiments charriés par Kontakthof passaient tout aussi bien, quels que soient l’âge et le professionnalisme des danseurs.

Dans « Gala », les trouvailles sont nombreuses comme celle de la présentatrice guindée, type concours Reine Elisabeth, qui se met à danser.

Métaphore du festival

Ce « Gala » est une sorte de métaphore de tout le Kunsten. Celui-ci aussi est une revue d’esthétiques extrêmement variées. Ces derniers jours, on a pu encore découvrir El Conde de Torrefiel, jeune collectif barcelonais dans un spectacle drôle et grinçant à la manière des Monty Python. Avec un côté bricolage et impertinence qui prenait son sens quand on sait que ce collectif a surgi en pleine crise économique espagnole. Qu’a le théâtre alors à nous dire ? On découvrait aussi, à l’opposé extrême, la danseuse taïwanaise Su Wen-Chi, dans un solo de danse minimaliste, millimétré, come un insecte sur la surface de l’eau. Un minimalisme qu’aime bien Taïwan si on se réfère aux films de Hou Hsiao-Hsien actuellement célébré à la Cinématek.

Comme dans le « Gala » de Jérôme Bel, le Kunsten est un ensemble apparemment hétéroclite. Avec le meilleur, parfois le raté, l’aventureux toujours, le débat qui souvent se prolonge au bar (le Castellucci de cette année est-il mineur ou néanmoins passionnant ? L’artiste Michel François en montant sur scène a-t-il réussi son pari ou s’est-il égaré dans le narcissisme ? Marlène Monteiro Freitos est-elle géniale ou horripilante ?).

De cet ensemble se dégage, comme dans « Gala », l’énergie du spectacle vivant.

On peut alors comprendre pourquoi, malgré le caractère parfois pointu du festival, il a un public fidèle et curieux et a battu cette année son record avec 26000 tickets vendus.