Coup d'envoi, sous une chaleur écrasante, des trente-deuxièmes Rencontres théâtre jeune public à Huy. C'est parti pour le traditionnel marathon qui verra les six cents festivaliers courir d'une salle à l'autre et espérer chaque fois y découvrir l'une ou l'autre pépite en asssistant à quatre ou cinq spectacles par jour !

Deux propositions intéressantes déjà pour se mettre en appétit. Dont l'une, "Dans ma rue" par le Théâtre des Zygomars, très attendue après le succès de "Macaroni !", le précédent opus de Vincent Zabus et Pierre Richards. 

L'alchimie fonctionne toujours entre ces deux artistes pour une belle tranche d'enfance inspirée de la bande dessinée "Les petites gens", de Vincent Zabus également, qui ouvre les fenêtres sur les secrets, les espoirs et les déceptions des habitants de la rue de Carmen. Interdite de sortie le soir, par une mère au caractère bien trempé, la fillette, trop curieuse de savoir qui sont ces voisins qui sortent tous à 18 heures tapantes, n'obéira pas longtemps. 

Face à une maquette, sur fond d'orgue de Barbarie, Carmen et Louis se souviennent de leur rencontre. Elle, Nathalie Mellinger, alias Carmen, fraîchement survoltée, entame un chant réaliste le plus sérieusement du monde. Lui, Samuel Laurant, dans le rôle de Louis aux beaux yeux bleus, embraye, au refrain, avec quelques secondes de décalage, de sa voix grave et sensuelle. 

Puis le rideau s'ouvre sur la rue en perspective. Ensemble, les deux amoureux reviendront sur le passé avec une alternance mesurée de nostalgie, d'humour et de suspense saupoudrée de jolies trouvailles telles ce livre qui s'ouvre pour donner vie à l'un ou l'autre personnage de papier. Une rue très fréquentable.

Sur un ton plus grinçant, "Colon(ial)oscopie a ouvert la danse dès potron-minet. Ou presque. Un texte incisif de Geneviève Voisin et Francesco Mormino qui revient par touches bien balancées sur le passé colonial de la Belgique, un sujet qui ne figure pas au programme scolaire et qui à défaut d'y entrer par la grande porte pourrait le faire par la fenêtre, celle qu'ouvre si souvent le théâtre. 

A mi-chemin entre la conférence et la représentation, "Colon(ial)oscopie" établissant de réels parallèles entre l'attitude des Blancs vis-à-vis des Noirs et celle de la mère, Geneviève Voisin, une narratrice bien campée, et le vin de palme aidant, de plus en plus déjantée, et sa fille timorée, Justine Verschuere Buch. 

Le texte pique là où il faut et rappelle, des mains coupées au viol des femmes en passant par le village de noirs à l'Expo universelle de 1897, les épisodes les moins glorieux de notre petit lopin de terre d'héroisme... Utile et sarcastique à souhait, malgré quelques longueurs vite pardonnées au regard de celles de l'Histoire.