Un disque rayé, un temps qui s'étire à l'infini, une action, cette porte qui s'ouvre et se ferme sans cesse, cette caisse qu'on livre mille et une fois, cette plante qu'on déplace à l'envi, cette ritournelle, hypnotique, que l'on suit sans fléchir, subjugués par la qualité des cinq acrobates complices sur scène, leurs ralentis en costumes géométriques, leur stop motion, marches arrière et accélérations... On ne nous avait pas menti, La vrille du chat, produit par les Halles de Schaerbeek, répond aux espérances. A l'image du festival Hors Pistes, la dernière édition de haut vol de Anne Kumps. Les acrobates, belges et américains, ont fait Halle comble, ce week-end, tant les réseaux sociaux ont grésillé,vendredi soir, après la première bruxelloise et burlesque en diable du collectif Back Pocket.

Au centre d'un décor de bois, trône un énigmatique chat noir, à l'image des circassiens, félins et feutrés, qui retombent toujours sur leurs pattes, quitte, entre temps, à partir en vrille, saut périlleux arrière à l'appui, ou à passer à la trappe. A moins que l'animal dissimule un escalier vital, réalisé par le scénographe/architecte du grand circassien/chorégraphe Yoann Bourgeois, pour multiplier les effets de scène et exploiter, au mieux, ce décor ingénieux et théâtral, devancé par Maya Kesselman, une secrétaire, réceptionniste, autrice - qui sait? - abritée sous sa jolie lampe de bureau et récipiendaire d'un colis, de courrier, de visites qui pourraient être prétexte à la charmer.

A la Raymond Queneau

L'imaginaire s'emballe, dans cette ambiance à la Raymond Queneau, teintée de Tati, un schéma un brin surréaliste. Quelques notes de guitare et l'on croit même entendre au loin deux ou trois vers de Lorca. Tout et rien se raconte, se contorsionne, grâce au prodigieux Aurélien Oudot, se porte et se supporte à l'aide d'acrobaties maîtrisées venues confirmer à quel point il faut compter avec l'Esac. Que l’École supérieure des arts du cirque de Bruxelles forme des artistes d'un niveau comparable à celle, très réputée, de l'Ecole nationale de cirque de Montréal, rassure et surtout, réjouit.

Mise en scène par Vincent Gomez, qui avait participé au Cri du caméléon de Joseph Nadj, spectacle culte du cirque contemporain, en 1995, et par Philippe Vande Weghe, des Argonautes, grande compagnie belge, cette Vrille du chat , déjà sélectionnée par les Doms à Avignon, n'a certainement pas fini de tourner.


---> Maubeuge, à 18h00, le 13 mars. Infos public@surmars.be ou +32 (0)65 33 55 80; au Havre, au Volcan, du 19 au 21 mars ; à Angers, du 6 au 8 avril; aux Doms, à Avignon, cet été, dans le cadre de L'Occitanie fait son cirque.