Des masques et du gel. Des bicyclettes stationnées en grand nombre. Des lampions, un bar, un foodtruck. Le poste de régie en face. Et au milieu un plateau circulaire, des praticables en guise de banquettes, soigneusement espacées. La cour de la Raffinerie, site bruxellois de Charleroi danse, a été aménagée pour concilier mesures sanitaires et sens de la fête. Défi réussi.

Pour beaucoup des spectateurs présents jeudi soir – au jour 1 de l’événement Unlocked organisé par le Centre chorégraphique à Bruxelles et à Charleroi –, il s’agit d’une première post-confinement. Retrouver l’art vivant dans l’instant, sans le filtre de l’écran : artistes et public, dans le commun du regard, de la respiration, de la réflexion. Avec la familière étrangeté des applaudissements tant pratiqués, autrement, pendant le confinement.

Sur la vingtaine d’enfants de Levée, Boris Charmatz en a ici réuni neuf. Qui occupent sans risque la scène à ciel ouvert. La magie continue d’opérer dans l’onde vibratile qui parcourt le groupe et les individus.

Pour With, duo d’Ayelen Parolin et Piet Defrancq, l’assistance est scindée en groupes plus réduits. Parmi les colonnes de la salle des machines, les deux performeurs explorent l’oscillation, l’hésitation, l’excitation, caricaturent les pas et positions, se mesurent, s’attendrissent, grondent, gémissent. Esquisse d’une future création (au printemps 2021, dans le cadre du festival LEGS), pensée par la chorégraphe pour être jouée dans des espaces non frontaux et non théâtraux. 

Ayelen Parolin et Piet Defrancq. © D.R.

Retour au plein air où dialoguent dans Une incursion (Variation) la rigueur graphique et pourtant organique de Louise Vanneste et la manipulation par Gwendoline Robin d’une matière blanche qui évoque simultanément les états solide, liquide et gazeux (l’effet vent).

La mécanique du couple se décline en courtes propositions éclectiques, des Bateleuses de Marion Sage et Anne Lepère – entre tarot, geste et parole automatique – aux portés de Jeanne Colin et Killian Madeleine dans Réception (extrait), en passant par le timelapse fusionnel revisité sur fond de baroque par Florencia Demestri, Samuel Lefeuvre et leur présence intense dans Hold your own.

"Une chorale" imaginée par Lara Barsacq et coordonnée par Gaël Santisteva. © Charleroi danse

La soirée s’achève sur Une chorale, idée de Lara Barsacq, coordonnée par Gaël Santisteva, composée d’artistes de la soirée, de la saison, et de membres de l’équipe. Joyeuse et émouvante polyphonie où, à une chanson à boire ancienne ("il faut boire comme un trou pour aimer davantage") succède "Don’t You (Forget About Me)" de Simple Minds, revisité avec panache et fantaisie pour le muer en une rengaine aussi fraîche qu’une tranche napolitaine, à mille lieues du pompeux original.

Ode au temps retrouvé – après tous ces mois comme évaporés – Unlocked ne se contente pas de la convivialité, bien réelle, du moment, mais réunit des propositions tantôt légères, tantôt fortes, en tout cas sans concession à la facilité.

  • Unlocked, à la Raffinerie (Bruxelles) et aux Écuries (Charleroi) jusqu’au 5 juillet. Infos, rés. : 071.20.56.40 - www.charleroi-danse.be