Le feuilleton des Rencontres de Huy se poursuit de manière presque aussi haletante que les séries télé devant lesquelles les amoureux du théâtre passent désormais leurs soirées. Nouveau rebondissement à la fin de la saison 4. Après la suppression de tous les festivals de l’été – saison 1 -, la promesse de la ministre Bénédicte Linard de maintenir Huy à tout prix – saison 2 , l’affirmation qu’elles auront bel et bien lieu -saison 3, voici la saison 4 avec l’arrivée d’un nouveau protagoniste de taille: Internet.

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la Province de Liège viennent en effet de proposer des Rencontres virtuelles, entre le 17 et 24 août, avec une seule captation en direct, sans montage, sur une plateforme dynamique. Le mail est arrivé ce lundi, fin d’après-midi,  sur le bureaux, virtuels eux aussi, des compagnies qui, pour la plupart, restent interdites.

Mais existe-t-il beaucoup d’autres solutions?

Pour rappel, les Rencontres de Huy permettent à la cinquantaine de compagnies sélectionnées de présenter leurs créations devant de nombreux programmateurs belges et étrangers. De ces Rencontres dépendent les deux ou trois années qui suivent durant lesquelles les créations pourront tourner.

Pas de fumée blanche

Pour certaines compagnies, ne pas être présent à Huy signifie tout simplement déposer le bilan. Voilà pourquoi les bonnes volontés s’unissent, Fédération Wallonie-Bruxelles,Province de Liège, Ctej et Club des cinq pour trouver des solutions. Comme nous le dit Nicolas Parent, porte-parole de la ministre Bénédicte Linard. «Cette proposition de rencontres dématérialisées tient compte du contexte des prochains mois. Nous sommes face à des incertitudes et à la nécessité de nous réinventer. La formule n’est pas idéale mais elle permet une visibilité de spectacles et aux Rencontres de se tenir, malgré tout. Mais nous n’avons pas de fumée blanche. Nous devrons donc nous réunir très prochainement pour envisager d’autres pistes, si celle-ci n’est pas retenue. Les autres formules, comme organiser les Rencontres plus tard dans la saison, posent de réels problèmes logistiques au niveau des salles disponibles (NdlR: classes réaménagées en salles de spectacles) , entre autres. La piste dématérialisée n’est donc pas tout à fait écartée. On a prolongé le délai d’inscription au 28 mai pour les dossiers des compagnies qui doivent être sélectionnées et on part du principe que les Rencontres auront lieu.»

Les bras et les jambes coupés

«Je suis très étonnée » nous répond Martine Godard de la Cie Arts et couleurs.Je pensais d’abord que les Rencontres n’auraient pas lieu. Je préférerais presque quelque chose de tranché, même si c’est difficile pour les autres compagnies. Je veux rester solidaire mais je ne suis pas prête à jouer dans n’importe quelles conditions. Nos présentons cette année "Le grand voyage de Georges Poisson", du théâtre d’objet qui se joue dans un phare devant dix-huit personnes. Impossible de respecter la distance sociale. Je comprends qu’on essaye de sauver les meubles et ne met pas en cause la sincérité de la ministre, mais nous devons en parler entre nous".

«J’en ai les bras et les jambes coupés » nous dit la chorégraphe Caroline Cornélis, qui n’envisage pas du tout l’art vivant sous cette forme. «Ce n’est qu’une question. Nous devons continuer à travailler ensemble.Je voudrais une vision à plus long terme. Nous sommes coupés du monde depuis des mois et ce que nous risquons de présenter sous cette forme sera tellement loin de l’essence de l’art vivant."

Pourquoi pas ?

Autre son de cloche du côté de Sofia Betz, de la jeune compagnie Dérivation. «Il y a peut-être quelque chose qui peut se passer. Si c’est cela ou rien, le jeu en vaut peut-être la chandelle. On vit une situation particulière, qui risque de se reproduire. Je parle en mon. Je n’ai pas encore parlé à mon équipe, ni à mes comédiens. On doit peut-être s’adapter au monde avec lequel on vit. On a tellement demandé que ces Rencontres existent, alors jouons le jeu. De toute façon, si cela foire pour un, cela foire pour tous. Je suis pour tenter l’expérience quelle qu’elle soit, pour essayer d’avancer avec ce qui nous a été donné."

© Province de Liège