Le nouveau spectacle de Salvatore Calcagno, production d’envergure, convainc diversement.

Lorsqu’elle débarque chez sa sœur Stella et son mari Stanley Kowalski, Blanche DuBois est une femme déchue et déçue. Elle a perdu son emploi et la maison familiale lui a filé entre les doigts. Sous la plume de Tennessee Williams, deux mondes se confrontent : l’éducation et l’héritage du passé pour l’une, la précarité et la force de travail chez les autres.

Entrée dans l’imaginaire collectif par le film qu’en tire Elia Kazan en 1951 - et qui révèle Marlon Brando -, la pièce originelle de 1947, l’immédiat après-guerre, est ici livrée dans une traduction inédite d’Isabelle Famchon. Mais aussi à travers le regard de Salvatore Calcagno qui, sans dénaturer l’œuvre, lui imprime son esthétique composite, l’infuse de chaleur sicilienne. Et met l’accent sur les personnages féminins. 

Stella (Marie Bos) et Blanche (Sophia Leboutte), dialogue de soeurs. © Vutheara Kham

Après La Voix humaine de Cocteau, le metteur en scène s’offre une nouvelle incursion dans le répertoire, cette fois avec une ample distribution au cœur de laquelle il retrouve Sophia Leboutte. Son jeu parfois outré, toujours à fleur de peau, fait accoster Blanche aux rives de la folie. Face à elle, Marie Bos, toujours frémissante, compose une Stella fragile et forte à la fois, que malmène le Stanley de Lucas Meister. Abordant de biais la question du rejet par ce personnage prolétaire, immigré, Salvatore Calcagno concentre davantage sa création sur la sororité, la folie, la soumission et l’émancipation, la violence sociale, économique, sexuelle, l’abus, comment on y échappe, comment on y survit.

Naturalisme détourné, stylisé

Avec encore Lorenzo Bagnati, Réhab Mehal, Pablo-Antoine Neufmars, Bastien Poncelet (qui signe aussi scénographie et costumes) et Tibo Vandenborre, Un tramway nommé Désir oscille ici entre tragédie et cabaret, s’éloigne du naturalisme propre au dramaturge américain tout en le saluant dans les séquences vidéo (Zeno Graton) tournées dans les couloirs et loges.

D’indéniables forces s’affrontent sur ce plateau, empesées de longueurs qui, si elles peuvent nourrir une atmosphère, risquent aussi de déliter les tensions et, avec elles, de grever l’attention que mérite l’ensemble.

  • Liège, Théâtre (salle de la Grande Main), jusqu’au 25 janvier. Durée : 3h15 entracte compris. Infos&rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be 
  • Ensuite à l’ATJV de Louvain-la-Neuve (28/1-1/2), à Mars, Mons (11-13/2), à la Maison de la culture de Marche-en-Famenne (15/2), au Varia à Bruxelles (21/4-2/5), au Théâtre de Namur (5-9/5).