À Bouchon, patelin totalement perdu sur la carte de France, cela fait longtemps que l’entreprise de fabrication de cache-pots a fermé ses portes et que les habitants ont peu à peu déserté les lieux. Y résident encore quatre irréductibles Bouchonnais et fiers de l’être ! Le hic, c’est qu’à Bouchon, il n’y a rien. Mais alors, rien de rien pour faire tourner économiquement la boutique. Jacques, le maire (interprété par un Jean-François Breuer délicieusement névrosé), use et abuse donc du seul filon financier pour survivre : l’argent de l’UE, quitte à détourner des millions. Parce que sinon, “sans les subventions, on crève”. Dès lors, tout et n’importe quoi est prétexte à réclamer des sous. Jacques s’acharne à casser la vitrine du boulanger afin de recevoir de Bruxelles des fonds pour les quartiers en difficulté. Son frère, Nicolas (Thomas Demarez), 35 ans et en culottes courtes, est élève en CM1 pour avoir le quota (4 !) d’élèves requis. Et Odette (Amélie Saye), la fidèle secrétaire un brin godiche du maire, va bénéficier d’une aide à la production agricole pour les bananes qu’elle va cultiver. Et puis, surtout, Jacques a la lumineuse idée de “désenclaver Bouchon” en demandant des subsides pour construire une bretelle d’autoroute. Mais c’était sans compter l’arrivée de Robert (Xavier Elsen), fonctionnaire européen à l’improbable look d’Inspecteur Gadget…

Adorablement kitsch

Écrit par les Français Jean Dell et Gérald Sibleyras, Vive Bouchon est mis en scène au Théâtre de la Toison d’Or (TTO) par Emmanuelle Mathieu. Ici, tout est adorablement kitsch, à commencer par le bureau du maire, avec son papier peint végétal et son vieux téléphone à cadrant. Et puis, surtout, cette ridicule petite porte d’entrée qui symbolise à elle seule le peu de moyens dont jouit Bouchon. Les costumes sont tout aussi ringards, mais le tout s’accorde parfaitement. À mesure que gonflent les délires de Jacques pour sauver Bouchon, la pièce vire de plus en plus à l’absurde, saupoudrée d’une bonne dose d’humour, sur fond d’une réalité pas si éloignée : le casse-tête pour bénéficier du soutien financier de l’Europe, les velléités de certains États à réclamer leur indépendance – vous avez dit Brexit ? –, etc. Les comédiens forment un joyeux quatuor, qui n’est pas sans rappeler l’univers des Deschiens, immergé dans le grotesque, mais sans jamais être lourd, qui fait de Vive Bouchon un bon divertissement.

Bruxelles, TTO, jusqu’au 12 octobre. Infos et rés. au 02.510.05.10 ou sur www.ttotheatre.com