Mais que peut-il bien se cacher derrière ce titre imprononçable, énigmatique aux cinq signes ({:}) , programmé ces 12 et 13 à La Balsamine dans le cadre du Festival XX Time (lire ci-contre) ? Essayez de deviner… Indices : c’est une exploration intime et sensorielle, un voyage ludique et instructif d’une partie de l’anatomie féminine. Une invitation à découvrir les chemins encore secrets et trop méconnus… de, observez bien le dessin que forment les cinq signes, la vulve.

Ce projet est né il y a quatre ans, à l’initiative de Lorette Moreau, jeune metteuse en scène bruxelloise. “À ce moment-là, j’étais plongée dans différentes structures féministes qui me faisaient vraiment beaucoup de bien, raconte-t-elle. J’ai eu envie de partager la joie de ces découvertes et j’ai contacté trois comédiennes et une plasticienne (Charlotte Lippinois) qui étaient dans des démarches et des lectures proches des miennes. L’idée étant de concevoir un spectacle qui serait aussi une expérience immersive et sensorielle”. Les trois comédiennes – Céline Estenne, Réhab Mehal et Salomé Richard – ont apporté leur écriture, intime, poétique et politique sur le sexe féminin tandis que Lorette Moreau proposait “un cadre” sous la forme d’“une métaphore paysagère”, c’est-à-dire partir à la découverte d’“un territoire mal connu, à explorer et se réapproprier”.

“Désacraliser cette partie de l’anatomie féminine”

Pourquoi donc le sexe féminin ? “Le déclencheur a été ma lecture de la BD L’origine du monde de l’auteure suédoise Liv Strömquist sur l’histoire de la vulve et de ses découvertes ou non-découvertes scientifiques, dont le clitoris dont on parle beaucoup, explique Lorette Moreau. Cette BD m’a fait beaucoup de bien. J’avais envie de partager cette joie de remettre en question ce tabou”. Car, ajoute-t-elle, il s’agit de connaissance de soi : pourquoi ne connaîtrais-je pas ma vulve alors que je connais mon pied, ma main,… ? Il s’agit donc de désacraliser et démystifier cette partie de l’anatomie féminine, qui est aussi, souvent, source de dégoût. En tant que femme, on grandit beaucoup dans la détestation de son corps”. Créé lors de l’édition 2019 du Festival Émulation à Liège, ({:}) a reçu le Prix Coup de cœur du Jury Jeunes du Festival. “J’en étais vraiment heureuse, car c’est un public que nous avions envie de toucher, se félicite la jeune femme. Pour moi, si j’avais fait toutes ces découvertes dix ans plus tôt, j’aurais vraiment vécu une autre vie… Ce spectacle se veut un partage joyeux de toutes les informations que nous avons découvertes”.

Pour nourrir ses projets, Lorette Moreau se fonde souvent sur des matériaux scientifiques que “je triture, adapte et transforme en matière artistique”. Pour ({:}), “nous avons fait énormément de recherches mais nous avons aussi pris le temps, simplement, de regarder nos corps – ce qui fut une scène épique en résidence d’auto-examen collectif, qui a été très libératrice”. Si les artistes ont appris énormément sur le sujet, elles se sont aussi heurtées “à toutes les zones qui n’ont pas encore été balisées, notamment l’éjaculation féminine”. “Pour moi, commente Lorette Moreau, c’est vraiment très symptomatique de comment cette partie de notre corps a été traitée par la science”.

Mont Pubis, rivière des leucorrhées

Comment, concrètement, a-t-elle orchestré sa mise en scène afin d’emmener le public dans ce voyage au cœur de l’intimité féminine ? “La porte d’entrée, c’est cette métaphore géographique, indique-t-elle. On accueille les spectateurs sur un flanc de collines où on pose notre tente pour une visite guidée des lieux qui va durer le temps d’un cycle, avec différentes saisons pour traverser différentes ambiances. On joue sur toutes les analogies entre le paysage et l’anatomie de la vulve : on a le Mont Pubis, la rivière des leucorrhées (pour les pertes blanches),… On s’amuse à décrire ce paysage comme si c’était un territoire hyper vaste à arpenter. Puis, on joue aussi à changer d’échelle : on zoome pour observer le microbiote de très près pour après dézoomer et être à l’échelle des étoiles, de l’astronomie. Ce jeu d’échelles crée le fil rouge du spectacle”.

Conçu par des artistes ayant la trentaine, ({:}) se veut toutefois un spectacle intergénérationnel “qui fonctionne pour toutes les tranches d’âge”. “Après, nous avons fait le choix de parler de ce qui nous concernait et que l’on connaissait le mieux, précise Lorette Moreau. Nous n’avons donc pas abordé la thématique de la maternité parce que ce sujet est beaucoup plus traité à l’école, dans les médias, etc. et qu’il est davantage utilitariste que juste la connaissance de soi. Voilà pourquoi notre ‘visite’ s’arrête au col de l’utérus”. Enfin, si l’équipe qui a imaginé ({:}) est exclusivement féminine, le spectacle se veut pour autant inclusif. “Ce spectacle est ludique et joyeux et c’est par là qu’il est aussi inclusif, souligne Lorette Moreau. Il nous dit : ‘Bienvenue ! Nous allons découvrir ce paysage ensemble. Waouh ! Regardez comme c’est magnifique !’”

-> La nouvelle création de Lorette Moreau, co-écrite avec Axel Cornil, “On va bâtir une île et élever des palmiers” sera présentée du 24 mars au 4 avril au Théâtre de la Vie.

AU PROGRAMME 

Pour sa 2e édition, le Festival XX Time à La Balsamine (du 12 mars au 4 avril) dédie à nouveau sa programmation aux artistes femmes interrogeant le féminin, la sexualité, les rapports dominants-dominés à travers leur corps,… Au menu : création, théâtre, danse, performance, installation, rencontres, débats, ateliers, concerts,… 

Outre ({:}) mis en scène par Lorette Moreau, le public pourra découvrir March (les 17 et 18/3), une performance de Nathalie Rozanes avec les danseurs Elizabeth Ward et Tarek Halaby ; le film documentaire Ouvrir La Voix d’Amandine Gay (le 24/3), la performance Cœur obèse d’Amandine Laval (les 3 et 4/4), la démo Tout doit disparaître d’Ophélie Mac (le 3/4), qui présente des godemichets en céramique qu’elle a créés ou encore un concert de jazz & Blues des Serial Lovers (le 3/4).

Festival XX Time, Bruxelles, La Balsamine, du 12 mars au 4 avril. Infos et rés. au 02.735.64.68 ou sur www.balsamine.be