En création à Charleroi danse avec "WEG", Ayelen Parolin nous parle de sa vision de la chorégraphie comme un écosystème.

Les créations estampillées Wallonie-Bruxelles émaillent l’édition 2019 de la Biennale de Charleroi danse. Elles sont signées Michèle Noiret (Le Chant des ruines, 4-5/10), Louise Vanneste (Clearing/Clairière, 17-18/10), Florencia Demestri & Samuel Lefeuvre (Glitch, 17-18/10), Lara Barsacq (IDA don’t cry my love, 18/10), Félicette Chazerand (rOnde, 23/10).

Et Ayelen Parolin. La chorégraphe d’Hérétiques, Autoctónos II ou Whenever the music takes you II, originaire d’Argentine et basée à Bruxelles depuis près de vingt ans, crée ici une pièce pour neuf danseurs et une pianiste – sa fidèle complice Lea Petra. Nous avons pu assister à un filage intégral du spectacle en devenir. Deux semaines avant la première, des rouages doivent encore être réglés, des lumières ajustées, des costumes terminés. Mais déjà la vibration est sensible. WEG s’ouvre sur des dodelinements, tressauts et tremblements, tandis que touches et cordes du clavier réagissent au contact vif de boîtiers de CD. La mise en mouvement diagonale va amplifier, creuser le chemin, en chercher d’autres.

Les danseuses et danseurs sont les individus et le groupe, les êtres dans la masse, et leurs énergies dialoguent, de la pulsion à l’entrave, du contrôle au lâcher-prise.

Chœur de contradictions

Ayelen Parolin confirme : "J’ai voulu travailler sur les notions de chaos et de restructuration, de connexion, dans un paysage complexe, multiple. Observer les relations possibles à l’intérieur de cette structure où tout change."

Adepte des contrastes dans le travail de chorégraphe qu’elle mène depuis 2004 et sa première pièce (le solo autobiographique et évolutif 25.06.76), elle les a nourris ici d’une progression de l’intimité à l’ensemble, travaillant avec les danseurs d’abord par petits groupes avant de les rassembler tous. En ce qui apparaît, dans la pièce (encore en cours de travail), comme un chœur, qui contiendrait en son sein toutes les contradictions, toute l’harmonie, toute la dysharmonie "qui peuvent s’encastrer, faire partie l’une de l’autre".

"Je vois la chorégraphie comme un paysage, un écosystème, avec tout ce qui vit, tout ce qui bouge, même dans ce qu'on ne voit pas" - Ayelen Parolin.
"Je vois la chorégraphie comme un paysage, un écosystème, avec tout ce qui vit, tout ce qui bouge, même dans ce qu'on ne voit pas" - Ayelen Parolin. © Stéphane Broc

Alors qu’elle créait en mai dernier Primal, pièce pour 8 danseurs de la Compagnie nationale de Norvège Carte Blanche – "un corps constitué" –, "ici il a fallu construire le groupe" d’interprètes, pas tous habitués de l’univers de la chorégraphe, loin s’en faut. C’est aussi ce chemin-là qu’évoque WEG : une découverte de l’autre, et de soi dans la relation à l’autre.

"On a beaucoup exploré la notion de plaisir, de sensation, de mélodie intérieure qui conduit au mouvement". Et jusqu’au chœur. "À travers la construction et la déconstruction constantes, on découvre des liens entre des éléments a priori distincts".

Comme souvent chez elle, et singulièrement dans Nativos, créé à Séoul avec la KNCDC, les notions de rituel et de transe transparaissent dans WEG. Mais, relève Ayelen Parolin, "en s’efforçant d’être le plus impeccable, de ne pas se laisser tenter de bavarder dans le mouvement".

Le défi de la matière vivante

L’idée de chemin inclut celle de transformation, ajoute la chorégraphe, qui puise aussi son inspiration dans la nature : "Un écosystème avec tous ses éléments, toutes ses matières, l’air, l’eau, les plantes, les animaux… Je vois la chorégraphie comme un paysage qui d’ailleurs pourrait aussi être urbain avec tout ce qui vit, tout ce qui bouge, même dans ce qu’on ne voit pas. Qu’est-ce qu’une matière vivante ?"

Sa réponse a à voir avec l’essentiel : "Le plaisir de danser. Il ne s’agit pas de le montrer, mais de retrouver en soi ce qui le provoque. Comme une vibration, un truc très simple, une énergie animale, basique, sexuelle. Tout ramène au mouvement de vie, à la base, aux organes."

Lea Petra, son piano préparé, et les danseurs de "WEG" d'Ayelen Parolin, créé les 11 et 12 octobre aux Écuries.
Lea Petra, son piano préparé, et les danseurs de "WEG" d'Ayelen Parolin, créé les 11 et 12 octobre aux Écuries. © Stéphane Broc

Organique et complexe est aussi le langage qu'invente encore et encore Lea Petra, complice de longue date d'Ayelen Parolin dans ce qu'elles qualifient de "couple artistique". Pour WEG, le piano est préparé, avec notamment "des vinyles et des CD entre les cordes". "On utilise tout le vêtement de l'instrument", explique la pianiste. "Sur une image, sur une action, sur un non-dit, la musique a toujours un pouvoir transformateur."

  • "WEG" aux Écuries de Charleroi danse les vendredi 11 (20h) et samedi 12 octobre (19h). Ensuite le 7 février au Théâtre de Liège (Festival Pays de danses). Et du 11 au 13 juin aux Tanneurs, à Bruxelles (TB² Tanneurs - Brigittines).