Scènes

Kontarsky ? Le nom est familier: on pense à Aloys et Alfons, les deux frères pianistes qui furent notamment à la pointe de la musique contemporaine dans les années 60 et 70. «Oui, je suis le petit troisième!», confesse d'emblée Bernhard (68 ans quand même) quand il devine la question. Mais s'il lui est arrivé de travailler avec le grand maître allemand, il ne se considère pas, lui, comme un disciple de Stockhausen. «J'ai effectivement participé à certaines de ses productions à la fin des années 50 et dans les années 60, mais je n'ai pas étudié la composition, seulement le piano, la musique de chambre, la musicologie et la direction d'orchestre.»

Nombreuses créations

Une étiquette que Bernhard Kontarsky assume par contre pleinement, c'est celle de chef spécialisé dans la musique du XXe

siècle. Son curriculum vitae est à cet égard impressionnant: il a dirigé dans plusieurs pays l'immense «Die Soldaten» de Bernd Alois Zimmerman (sa production de Stuttgart est d'ailleurs disponible tant en CD qu'en DVD), des productions de la plupart des opéras de Hans Werner Henze ou, plus récemment encore, la création à Lyon des «Nègres» de Michael Levinas d'après Jean Genet. D'autres premières mondiales - «L'autre côté» de Mantovani ou «Faust» de Fenelon - figurent parmi ses engagements des prochains mois.

En Belgique, Kontarsky s'était déjà produit à Bruxelles, et surtout à Anvers où il dirigea (à l'époque de l'opéra d'Anvers non encore unifié sous la bannière de l'opéra flamand) «Lulu» de Berg ou «Der Prinz von Homburg» de Henze. Ses débuts à Liège, il les fera la semaine prochaine dans un autre ouvrage du XXe siècle: «Der König Kandaules» d'Alexander Zemlinsky, laissé inachevé à la mort du compositeur en 1942 et créé seulement sur scène à Hambourg en 1996. Représentée aussi au festival de Salzbourg en 2002, l'oeuvre n'avait encore jamais été donnée dans notre pays.

Premier Zemlinsky

C'est la première fois que Kontarsky dirige un opéra de Zemlinsky. Nullement par mépris pour un compositeur que les thuriféraires du sérialisme pur et dur continuent à considérer comme un postromantique attardé, mais simplement parce que l'occasion ne lui en avait jamais été donnée:

«Schoenberg, outre ses liens de famille et d'amitié avec lui, disait que tout ce qu'il avait appris en musique venait de Zemlinsky. Mais les liens me semblent plus nets encore avec la musique de Berg, et pas seulement parce qu'il a cité la Symphonie lyrique de Zemlinsky dans sa propre Suite lyrique. Certes, Zemlinsky a refusé le dodécaphonisme et le sérialisme, mais il a malgré tout une grande influence sur la musique de son temps. Sa manière de composer est commune à celle de ses contemporains: un mélange de structure et de symbole, fût-ce, ici, de manière tonale ou bitonale. Par rapport à ses contemporains, Zemlinsky a écrit dans une langue qui est la même, mais avec un vocabulaire différent.»

Pour Kontarsky, il n'y a pas lieu d'opposer le tonal Zemlinsky aux atonaux Schoenberg, Berg et Webern: «Il faut comprendre l'importance du dodécaphonisme après la guerre: on le voit aujourd'hui comme un système de structure et rien de plus alors que c'était en fait tout un mode de pensée. Après la guerre, après le fascisme, il y avait chez beaucoup un scepticisme à l'égard des grandes émotions: il fallait redécouvrir la musique à travers un système que l'on pouvait éprouver.» Le chef allemand insiste toutefois pour dire que Zemlinsky, mis aujourd'hui sur le même pied que Korngold ou Schrecker au titre de cette «musique dégénérée» bannie par les nazis, s'en distingue toutefois: «Korngold ou Schrecker continuent la tradition, dans la même ligne que Richard Strauss. Zemlinsky s'en écarte, il est plus moderne. Chez lui, il n'y a pas une mesure qui ne soit en relation avec une autre.»

Liège, Théâtre royal, du 27 janvier au 4 février. Tél.: 04.221.47.20

© La Libre Belgique 2006