Zizi Jeanmaire, la ballerine et chanteuse de music-hall légendaire, a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall.

Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a tout exploré : ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.

Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l’un des plus grands chorégraphes français et l’homme de sa vie, décédé en 2011. Ils se sont rencontrés la première fois en 1933, quand ils avaient 9 ans chacun, à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Ils se marient en 1954 et ont une fille. Zizi sera au cœur de toutes les créations de son mari.

Renée (son véritable prénom) Jeanmaire naît le 29 avril 1924 à Paris. "Petit rat" à l’Opéra, elle en claque la porte sur un coup de tête, à 19 ans : "On rêvait d’aller voir le monde… j’avais envie de gloire, d’être reconnue avec autre chose que Giselle", l’héroïne du grand ballet romantique. "Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n’ai eu de doute sur ma carrière."

Au sein de la toute nouvelle compagnie de Roland Petit, les Ballets de Paris, Zizi s’illustre dans Carmen en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen coiffée à la garçonne - style que Zizi ne quittera plus -, brûlera les planches sept mois durant à Paris, à Londres, à Broadway.

Elle se révèle aussi dans La Croqueuse de diamant en 1950, dans un genre alors inconnu : le ballet sur pointes avec chansons. Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. C’est le grand producteur Sam Goldwyn qui lui conseille de garder comme prénom de scène "Zizi", le mot qu’elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l’appelait "Mon Jésus".

Dans les années 1950, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants Garçons d’Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy.

"Mon truc en plumes"

Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour "Mademoiselle Jeanmaire". Boris Vian disait qu’elle avait "des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes" ou encore "une voix comme on n’en fait qu’à Paris". Yves Saint Laurent, qui l’habilla durant quarante ans, estimait qu’"il lui suffisait d’entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes". "Sans elle, Paris ne serait pas Paris", s’émerveillait Louis Aragon.

À l’Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson "Mon truc en plumes" de Bernard Dimey et Jean Constantin : "Plumes de zoiseaux, De z’animaux/Mon truc en plumes, C’est très malin/Rien dans les mains, Tout dans l’coup d’reins", chante-t-elle dans cet impérissable numéro de music-hall. "C’est exceptionnel de voir des danseurs classiques de l’Opéra de Paris se tourner vers une carrière autre que le ballet, vers des domaines qui sont éloignés du classique et du chant lyrique", a salué vendredi la journaliste Ariane Dollfus, qui préparerait une nouvelle biographie. "C’était ça, sa grande force et celle de Roland Petit."

Elle est aussi montée sur les planches notamment dans La Dame de chez Maxim, donné plusieurs centaines de fois en 1965-1966. "Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j’aille tous les matins au cours de danse : mais pour moi, c’était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir", assurait-elle.

La danseuse interprète en 1966 Le Jeune Homme et la Mort aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée puis continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme La Revue et Zizi je t’aime au Casino de Paris, reprise par le couple Petit-Jeanmaire en 1970. (AFP)