Série TV

“DAAALLAS ! TON UNIVERS IMPITOYA-AAA-BLE… Daaallas ! Glorifie la loi du plus fort… Daaallas ! Et sous ton soleil implaca-aaa-ble… Tu ne redoutes que la mort.” Quiconque a été en âge de regarder la télévision dans les années 80 se souvient de ce générique usant habilement du split-screen pour poser en quelques instants le paysage texan, filmé par hélicoptère : une ville moderne, des troupeaux de vaches courant librement, d’immenses ranches, des derricks pétroliers… Iconique de la série, le générique a d’ailleurs été tout simplement décalqué dans la version 2012 de “Dallas”.

Si la rengaine que l’on ne peut s’empêcher de fredonner n’existe, elle, que dans la VF, ses paroles sont parfaitement en phase avec le propos de “Dallas” et avec les années Reagan qu’elle symbolise…

Créée par David Jacobs en 1978 comme une mini-série de 5 épisodes, “Dallas” décrit d’emblée les déchirures entre les membres de la famille Ewing, des Texans qui ont fait fortune grâce au pétrole. Le patriarche John Ross, “Jock”, a deux fils : J.R. Jr et Bobby, son cadet. L’un est bouffé par l’ambition, l’autre essaye de garder une once d’éthique. Casting sérieux, réalisation soignée, thématiques intéressantes (argent, pouvoir, famille, politique…), cette mini-série a de l’allure et se laisse encore regarder près de 35 ans après sa diffusion. Elle captivera en tout cas les téléspectateurs de l’époque, poussant CBS à lui donner une suite qui n’était pas prévue à l’origine.

Au final, la rivalité entre J. R. et Bobby virera à la saga familiale interminable, finissant par s’étaler sur 14 saisons, à travers quelque 357 épisodes diffusés jusqu’au 3 mai 1991. Une telle longévité a permis à ses personnages (J.R. et Bobby mais aussi la perverse Sue Ellen, la douce Pamela ou encore Cliff Barnes, l’ennemi juré de J.R.) de s’ancrer dans l’inconscient collectif. Et de faire de la série un modèle de soap opera qui fera des petits. Ainsi, dès 1981, “Dynastie” sera la réponse d’ABC à CBS. Le feuilleton, qui raconte, là encore, la vie d’une puissante famille américaine, durera jusqu’en 1989. Tandis que les années 80 seront marquées par “Santa Barbara”, “Amour, gloire et beauté”…

En cette décennie de l’argent roi, les Ewing représentent à la fois le pire (compromission, corruption…) tout en incarnant dans le même temps une forme d’aboutissement du rêve américain : la réussite, les belles voitures, les jolies femmes… Alors que la nostalgie des Eighties commence à pointer le bout de son nez, on ne s’étonne pas de voir une chaîne de télévision s’atteler à un remake de “Dallas”, quand bien même les temps sont aujourd’hui à la crise et plutôt au rejet du libéralisme forcené qu’incarnent les Ewing. Reste que la recette est toujours imparable. Car si le monde a beaucoup changé depuis la fin des années 70, les thèmes, eux, sont éternels. A tel point que les scénaristes n’ont eu qu’à dupliquer J.R. et Bobby en leur donnant deux fils, prompts à réveiller les déchirures des Ewing !

Si cette suite 20 ans plus tard fonctionne plutôt bien, c’est aussi parce qu’à l’exception de Victoria Principal (absente des écrans depuis 2001), les Larry Hagman, Patrick Duffy, Linda Gray, Ken Kercheval, Charlene Tilton et autres Steve Kanaly, trop heureux de retrouver un peu d’exposition après des années de vaches maigres, ont tous accepté de retrouver les personnages qui leur ont apporté la gloire. Car on ne s’en souvient peut-être plus mais ces acteurs ont été de véritables stars, suivis chaque vendredi soir aux Etats-Unis par des millions de fans !

Surtout depuis le fameux “cliffhanger” de 1980. En mars, les scénaristes bouclaient la saison 3 par un sacré rebondissement : un inconnu entre dans le bureau de J.R. et lui tire dessus à deux reprises… Durant 8 mois, l’hystérie sera totale aux Etats-Unis, entretenue par CBS et son slogan “Who Shot J.R. ?”. Le 21 novembre 1980, pour le lancement de la saison 4, quelque 90 millions d’Américains sont devant le petit écran ! Un record seulement battu par le dernier épisode de “M*A*S*H” en 1983 (125 millions de téléspectateurs), tandis qu’en 1967, le dernier épisode du “Fugitif” avait, lui, été suivi par 72 % des foyers américains. Avec une audience internationale de 360 millions de téléspectateurs, cet épisode “Who Done It ?” reste l’épisode de série télé le plus vu au monde… Une telle réussite poussera d’ailleurs les scénaristes à multiplier les rebondissements à outrance. Jusqu’à la caricature… Ainsi le début de la saison 10 où Pamela retrouve dans sa salle de bains Bobby, qui avait pourtant été tué… à la fin de la saison 8. La série ayant eu du mal à vivre en l’absence de Patrick Duffy, les scénaristes décident tout simplement de le faire revenir en affirmant que toute la saison 9 avait été un rêve de Pamela…