Chers chauffeurs de taxi, tempérez votre excès de zèle et appliquez les vraies règles

Chers chauffeurs de taxi, tempérez votre excès de zèle et appliquez les vraies règles
©J.Lgg.

Une humeur de Jonas Legge

Cela fait au moins deux heures que mes deux enfants en bas âge auraient dû être au lit. Mais quand on décide de partir en avion en vacances, on n’a d’autre choix que s’adapter aux horaires des vols. Mais aussi aux aléas du voyage. L'appareil au départ de Bari a décollé avec plus de trente minutes de retard, puis, à Brussels Airport, la poussette du petit dernier est introuvable.

Après avoir finalement récupéré tout notre attirail, nous rejoignons la zone des taxis. Là, surprise, la file est longue, très longue, beaucoup trop longue pour faire encore patienter deux bambins qui s’agitent, gémissent, crient depuis un peu trop longtemps aux yeux du parent que je suis. A vue de nez, une vingtaine de véhicules seront nécessaires avant notre prise en charge. Or, à notre arrivée, aucun n’est présent.

Pourtant, rapidement, la flotte arrive. Soulagement. Un voyageur seul puis un duo embarquent dans deux taxis. Vient ensuite le tour d'une famille de quatre personnes. Là, surprise, le chauffeur refuse qu'ils montent à bord. "Vous êtes trop nombreux, attendez une camionnette. On ne prend pas plus de trois personnes", leur lance, avec trop peu d'égard, le chauffeur. Dans la file, ça s'agite directement. Car, derrière cette famille, plusieurs autres groupes de quatre s'impatientent.

Un nouveau chauffeur parque son véhicule, en sort d'un pas décidé et lâche : "Bon, les groupes de quatre, mettez-vous tous sur le côté. C'est la règle ! Vous attendez les camionnettes, c'est comme ça". Inutile d'essayer de discuter avec ce petit sergent-chef complètement zélé. Je me dirige vers un autre chauffeur, occupé à embarquer deux passagers qui se trouvaient au milieu de la file d'attente. "Je n'ai jamais entendu parler de cette règle", lui fais-je remarquer. "Eh ouais, c'est à cause du Covid. Vous pouvez dire merci à Monsieur Di Rupo", répond-il du tac-au-tac. "Je vais appeler un Uber", lui dis-je en retour, agacé et provocant. Il claque sa portière, le regard noir.

Je regarde sur l'application. Le temps d'attente pour un Uber est de 25 minutes. Un peu trop long à notre goût… J'interpelle un autre chauffeur, qui décline lui aussi."La police de l'aéroport ne rigole pas, on est obligé d'appliquer la règle de trois passagers sinon on a une amende", assure-t-il.

Avec le chauffeur suivant, j'opte pour une stratégie moins offensive. "On est deux adultes avec deux petits enfants. Ils viennent sur nos genoux, c'est comme si vous n'aviez que deux clients." Et ça marche. "Allez, montez, parce que le temps que les camionnettes arrivent, vous allez encore attendre longtemps", reconnaît-il.

Renseignement pris depuis lors, il apparaît que cette fameuse règle de trois n'existe pas ! Il s'agit d'une simple recommandation faite par précaution par la Fédération des taxis aux chauffeurs en période Covid. Tout taxi peut donc embarquer quatre passagers. "Vu l'augmentation du taux de vaccination, la Fédération bruxelloise a même levé cette recommandation", nous indique Sam Bouchal, son porte-parole. "La seule obligation en vigueur, c'est le port du masque. Evidemment, tout chauffeur peut refuser de prendre un quatrième passager, c'est son droit. Mais ce geste est anti-commercial…"

Dommage que les taximen actifs à Zaventem aient pris cette ex-recommandation pour la règle, et qu’ils l’aient appliquée avec tant de zèle et si peu de considération pour leurs clients. Un énième épisode qui écorne l’image de la profession…

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