Demain, serons-nous tous "pelotés" sur le métavers?

Notre avatar va-t-il reproduire tous nos vices dans la réalité virtuelle ? En Amérique du Nord, une femme déclare y avoir été victime d’attouchements.

Demain, serons-nous tous "pelotés" sur le métavers?
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Une chronique d'Alice Dive

À quoi va servir le monde virtuel s’il ressemble à ce point au monde réel ? À quoi bon s’infliger des heures d’écran, le casque high tech vissé sur les oreilles, si c’est pour se retrouver une nouvelle fois confronté aux pires défauts de l’humanité ?

L’information, révélée quelques jours avant Noël, a peu percolé dans les médias belges francophones. Une femme déclare avoir été victime d’attouchements dans une première version du métavers de Facebook (désormais "Meta") lancée en Amérique du Nord : un univers parallèle, virtuel et persistant dans lequel chacun peut à la fois travailler, socialiser, dépenser, acheter et créer… Bref, s’adonner à tout ce que l’on peut faire dans la vraie vie.

Dans cette histoire, c’est son avatar - soit son double virtuel - qui aurait été "peloté", raconte la dame, tandis que d’autres personnes auraient soutenu le comportement de son agresseur. Cette testeuse de l’univers numérique de Mark Zuckerberg déclare avoir éprouvé un "sentiment d’isolement" et rapporte que la dimension virtuelle de l’événement a rendu la scène plus intense encore que dans la vraie vie. Ce qui, il faut bien l’admettre, laisse tout de même interrogateur… Mais passons.

La modération du métavers fait défaut

Le vice-président d’Horizon Worlds chez Meta, Vivek Sharma, a réagi en personne en déplorant "un incident malheureux". Il a par ailleurs souligné que l’intéressée n’avait pas fait usage des outils anti-harcèlement qui étaient à sa disposition et qu’elle avait la possibilité de créer une bulle de protection autour d’elle. Mais, et c’est toute la question, est-ce à la victime de se protéger ? Dans cet univers à l’état embryonnaire, double numérique de notre monde physique, il revient aux dirigeants de Facebook de mettre tout en place pour empêcher le harcèlement en ligne.

Le hic, c’est que le problème de la modération n’a toujours pas été résolu sur les réseaux sociaux. Comment pourrait-il dès lors en être autrement dans un monde virtuel où interagissent des millions d’avatars ? Le directeur de la technologie de Meta, Andrew Bosworthe, a lui-même admis que la modération du métavers était "impossible" car le nombre d’interactions à surveiller est bien trop grand, et que les solutions techniques ne sont pas encore au point.

Vers des lois anti-agressions dans le monde virtuel ?

Plus fort encore, la lanceuse d’alerte Frances Haugen, devenue mondialement connue pour avoir divulgué des dizaines de milliers de documents internes à Facebook, estime que le projet de Mark Zuckerberg constitue "un danger pour ses utilisateurs". Elle redoute de mettre un univers entier dans les mains de l’entreprise, alors que cette dernière n’est déjà pas capable de régler le problème de modération sur ses propres médias sociaux.

Posons-nous la question tant qu’il est encore temps : dans quel monde souhaitons-nous vivre ? Alors qu’il n’en est qu’à ses balbutiements, le métavers de Facebook constitue déjà un lieu toxique pour les femmes. Et demain, pour quelle autre frange de la population ? Va-t-on devoir édicter des lois anti-agressions dans ce "nouveau" monde en gestation ? Allons-nous être contraints de créer une police, d’instituer un tribunal pour punir dans le réel celui qui se retranche lâchement derrière son avatar délinquant ? Et est-ce seulement possible sur le plan du droit ?

Non, la réalité virtuelle n’est pas la panacée. Surtout si c’est pour y reproduire tous nos vices.

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